Sébastien Fortin porte en lui le souci de l’art. Il ne tire pas son inspiration seulement d’autres photographes. Des peintres et des cinéastes influencent aussi son œuvre. Sébastien puise ces multiples sources de beauté pour ensuite créer des photos tout à fait propres à lui. Ses photos racontent des histoires qui nous captivent en raison de leur drame et de leurs couleurs vives.
Originaire d’une région près de Paris, Sébastien a 57 ans et il habite à Montréal depuis 1996. Bien qu’il ait grandi en France, Sébastien connaît le Canada en raison de son père qui était également photographe. Son père avait gagné un concours de photo et le prix était un voyage à Montréal pour l’Expo 67.
En plus, Sébastien indique que des chanteurs québécois tels que Félix Leclerc et Gilles Vigneault ont aussi contribué à sa connaissance du Canada. La photographie et l’art ont joué un rôle dans sa jeunesse. Par exemple, Sébastien garde des souvenirs de son père qui l’amenait dans la chambre noire à l’âge de dix ans. Sébastien a essayé le dessin et la peinture, mais c’est avec la photographie qu’il a connu le plus de succès.
« Ma muse est Montréal » partage-t-il. Sébastien cherche à mettre en valeur sa ville et suit un processus afin d’achever ses images. D’abord, Sébastien cherche un lieu intéressant. Les quartiers un peu plus défavorisés l’interpellent, car il y trouve plus de caractère. Les éléments de décor, comme il les appelle, peuvent être des panneaux routiers, des affiches d’entreprises ou des lumières.
Sébastien attend qu’une personne se présente. Le plus souvent, cette personne est isolée. Même dans une scène du quotidien, nous ressentons un drame ou une tension.
Autrefois, Sébastien décidait de ne pas inclure des personnes, il préférait partager le lieu.
Par la suite, il a tendu vers des photos qui montrent la solitude d’un individu, mais il n’est pas certain pourquoi ce thème le captive. Il raconte des histoires de Montréal, mais il laisse l’interprétation aux gens qui regardent ses images.
Certains d’entre nous seraient portés à croire que Sébastien est un photographe de nuit. Il précise que les journées sont courtes durant l’hiver à Montréal, alors il prend souvent ses photos en soirée. Les Montréalais se promènent encore après le travail ou après le souper, ce qui aide Sébastien quand il souhaite inclure des personnes dans une image. Selon lui, la photo de nuit serait à minuit ou à 2h du matin, mais à ces heures-là, il y a moins de gens, ce qui rend son style de photographie plus difficile. D’ailleurs, les gens qui sortent des bars ou les membres de gangs de rue, ne l’intéressent point comme sujet.
Ce qui l’intéresse, par contre, ce sont d’autres artistes. Parmi les photographes qui l’inspirent, nous comptons Joël Meyerowitz, Ernst Haas et Vivian Maier. Quant aux photographes canadiens, il cite Fred Herzog et Greg Girard.
Un Allemand d’origine, Fred Herzog est déménagé au Canada en 1952. Il était connu pour les scènes de rue qu’il captait à Vancouver. Herzog captait ses images surtout le jour. Il se servait de la pellicule à diapositive Kodachrome, connue pour ses couleurs vives. Nous remarquons une intensité de couleur semblable dans l’œuvre de Sébastien.
Quant à Greg Girard, il est né à Vancouver et y a commencé sa carrière de photographe au début des années 1970. Par contre, les néons et les scènes de nuit l’ont poussé vers des villes d’Asie hyper-éclairées telles que Tokyo, Hong Kong et Shanghai. Ces villes ont marqué sa photographie comme Montréal marque celle de Sébastien.
Les photographes ne sont pas les seuls artistes à influencer Sébastien. Les réalisateurs Martin Scorcese et Fritz Lang ont également marqué sa photographie. « Je suis énormément inspiré par le cinéma », affirme-t-il. Le début du film Casino, tourné par Martin Scorsese, commence avec une scène où nous voyons les néons de Las Vegas la nuit en toute splendeur. Cette scène pourrait vous faire penser aux photos de Sébastien.
Parmi les peintres l’ayant influencé, Sébastien se tourne surtout vers Edward Hopper. Ce peintre américain est d’abord connu pour son tableau nocturne qui porte le nom « Nighthawks ».
Durant l’été de 2023, Sébastien s’est lancé sur la piste d’Edward Hopper, un trajet qui l’a mené jusqu’à l’État américain du Massachusetts. « Je suis allé à Gloucester voir l’expo de Hopper tenue au musée de Cape Ann et j’ai également parcouru la ville à la recherche des maisons originales qu’il a peintes. » Le musée de Cape Ann partage l’histoire de l’art en Nouvelle-Angleterre.
Il existe un musée dédié à Hopper dans l’État de New York. Le musée a partagé une photo de Sébastien sur son compte Instagram. La photo illustre clairement l’influence de Hopper.
Sébastien explique les éléments chez Hopper qui l’inspirent. « Le plus souvent c’est la solitude mise en scène, des figures isolées dans l’espace et cette sensation de présence silencieuse. Et même lorsqu’il y a plusieurs personnages, ils sont côte à côte sans interaction réelle, comme plongés dans leurs pensées; proches physiquement, mais émotionnellement distants. Et puis, il y a cette lumière qu’il maîtrise si parfaitement. Elle raconte quelque chose, elle en est même le personnage principal. Sa présence est forte. Elle permet aussi de découper l’espace afin de mieux isoler le sujet. »
En plus des multiples composantes artistiques qui façonnent ses photos, Sébastien était autrefois un amateur d’urbex, c’est-à-dire de l’exploration urbaine, et ce passe-temps a laissé sa trace dans la photographie du Français. Son intérêt pour l’urbex remonte à son arrivée à Montréal. « J’explorais tous les sites abandonnés, que ce soit des maisons, des églises, des sites industriels, des centres de villégiature ou encore le terrible institut Doréa. »
L’institut en question était impliqué dans le cas des orphelins de Maurice Duplessis. Comme expliqué par l’Encyclopédie canadienne, « les orphelins de Duplessis sont un groupe d’enfants placés, entre 1935 et 1964, dans des crèches, orphelinats et hôpitaux psychiatriques, où plusieurs ont été maltraités ou abusés. Un nombre important d’entre eux reçoivent de faux diagnostics de handicaps mentaux, afin que les institutions qui les hébergent reçoivent des subventions réservées aux établissements psychiatriques ».
Même s’il ne fait plus l’urbex, Sébastien voit des vestiges dans sa photographie, notamment en ce qui à trait à l’architecture.
Pour son équipement, Sébastien se sert d’une Canon 6D Mark II. Étant donné qu’il travaille beaucoup en noirceur, il utilise des lentilles avec des ouvertures de f/2,8 comme la 24-70 mm et la 70-200 mm. Sébastien estime qu’il prend 90% de ses photos avec sa 70-200.
Il règle le plus souvent son appareil photo à un ISO de 6400. Un peu de grain numérique ne le dérange pas car il aime le style de photographie en couleur des années 1970 et 80 où le grain de pellicule se remarquait. Sébastien ne se sert pas d’un trépied et préfère la photographie à main libre.
Quant à des photos de lui-même, Sébastien n’a pas voulu en partager. Nous ne saurons pas de quoi il a l’air. Je peux ajouter que Sébastien est ébéniste et qu’il travaille chez Bombardier où il fabrique des meubles pour des jets privés. Autre que cela, le photographe nocturne préfère rester dans les ombres.
En dépit du mystère entourant son identité, nous savons avec certitude que ses photos ressemblent à des scènes de films, ce qui ne surprend pas, car il s’inspire de multiples domaines artistiques y compris le cinéma. Ses photos ont souvent un personnage principal, soit un individu isolé ou tout simplement la ville de Montréal, et elles sont éclairées à la fois avec des couleurs chaudes et des couleurs froides. Les photos sont propres aux styles de Sébastien, elles possèdent un drame et racontent une histoire, mais le photographe nous laisse libre à l’interprétation.
Un plus grand nombre de ses photos sont disponibles sur son compte Instagram @cb45ti1.
Ce reflet d’artiste conclut notre série de trois profils. Au mois de janvier, nous avons rencontré Bob St-Cyr, cet artisan qui manie avec dextérité la photographie sur film, tandis qu’au mois de février, Lewis Ableidinger nous a démontré son talent de partager la beauté subtile des grandes plaines de l’Amérique du Nord.
Je vous invite à partager vos photos avec nous. Prière de les envoyer à dliboiron4@hotmail.com et d’y inclure une courte description.