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WebOuest La photographie de rue : entre voyeurisme, art et témoignage
crédit photo : Dominique Liboiron

La photographie de rue : entre voyeurisme, art et témoignage

Par Dominique Liboiron | 9 mai 2026

J’adore espionner les gens. Je suis comme une vieille grand-mère qui se cache derrière ses rideaux pour voir ce qui se passe chez les voisins. Il y a deux ans, je gardais même des longues-vues près de ma fenêtre et je savais tout ce qui se passait dans ma rue. Cela étant dit, je sais que vous êtes comme moi, du moins un peu. Donc, je vous propose une mission secrète. Espionnons ensemble. De plus, je vais partager des trucs pour capter des photos des gens sans qu’ils le sachent. 

Soyons honnêtes, le voyeurisme fait partie de notre nature. Les êtres humains s’intéressent aux êtres humains. Bien sûr, il existe des limites quant au bon goût et à la discrétion. En même temps, la photographie prise en public nous permet de démontrer des éléments de la société et de nous exprimer artistiquement. Nous appelons cela la photographie de rue. Cependant, ce nom peut être trompeur, car il suggère des photos de la misère urbaine, c’est-à-dire de sans-abris ou de gangs de rue. Il suggère aussi des chemins, des maisons, des entreprises ou des autos. Un meilleur nom serait la photographie en public. Ce terme englobe des endroits qui ne sont pas des rues comme les gares, les parcs ou les festivals. Il inclut les villages ainsi que les villes. 

La photographie de rue démontre ce qui se passe en public. Le plus souvent, nous y voyons des gens, mais pas toujours. Par exemple, une image d’un chien attaché devant une entreprise ou une photo de graffiti sur une bâtisse se qualifient de photographie de rue.

Pour ma part, la photographie de rue me libère de mon métier de photojournaliste. Je capte des scènes qui m’intéressent sans qu’elles soient rattachées aux nouvelles. Oui, je m’amuse à observer des gens, mais j’aime surtout le défi de prendre des photos qui me plaisent et dont je suis fier. 

L’écrivaine et la critique d’art Susan Sontag décrit le photographe de rue ainsi : « Le photographe est une version armée du promeneur solitaire qui explore, traque, sillonne l’enfer urbain. Ce voyeur découvre la ville comme un paysage d’extrêmes voluptueux. Adepte des plaisirs de l’observation, fin connaisseur de l’empathie, ce flâneur trouve le monde « pittoresque.«  » 

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Une perspective inattendue rend les photos plus frappantes, uniques et mémorables. crédit photo : Dominique Liboiron
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Certaines caméras et lentilles sont imperméables, mais beaucoup ne le sont pas. Il vaut mieux vérifier dans certains cas. Il est possible d’acheter des protections imperméables dans lesquelles vous mettez votre caméra pour l’abriter. Dans ce cas-ci, j’étais debout sous un balcon d’appartement. crédit photo : Dominique Liboiron
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Le regard déterminé de cette dame a capté mon attention. Quant à la pluie, elle est votre amie. Elle a l’avantage de distraire les gens. Ils se concentrent plus sur leur destination que d’habitude et vous remarquent moins. Leur chapeau ou un parapluie peuvent cacher leurs yeux alors ils sont encore moins aptes à vous voir. La pluie cache également le son de votre caméra. crédit photo : Dominique Liboiron
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Je me demandais ce qu’elle dessinait. C’était un croquis d'arbres qui ne se trouvaient pas loin. Afin de m’approcher d’elle, je lui ai donné l’impression que je photographiais les mêmes arbres. crédit photo : Dominique Liboiron
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« Photographier en public me garde éveillée et consciente, toujours à regarder autour de moi, émerveillée par ce qui occupe les humains. » Melanie Einzig crédit photo : Dominique Liboiron
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La lumière dorée du lever et du coucher du soleil flatte les gens. Ces temps de la journée sont donc favorables. Croyez-le ou non, mais ce train à vapeur est noir. En raison de l’angle du soleil couchant, la peinture noire lustrée brille comme du blanc. Ce moment inattendu méritait une photo. crédit photo : Dominique Liboiron
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Pour ne pas vous faire remarquer, il est important d’éviter les mouvements brusques. Dans une situation comme celle-ci, il faut tranquillement et avec fluidité mettre sa caméra à l’œil. Après avoir capté l’image, baissez calmement l’appareil photo. Avec de la pratique, vous trouverez la vitesse juste; trop vite et on se fait remarquer, mais trop lent et le moment décisif s’échappe. crédit photo : Dominique Liboiron
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Des miroirs aident à prendre des photos des gens sans qu’ils le sachent. crédit photo : Dominique Liboiron
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J’étais surpris de voir un adolescent se promener avec une lentille qui vaut autour de 1000$, sinon plus. J’ai attendu qu’il marche entre les rails pour l’encadrer dans l’image. Il s’est mis à côté des rails, car ce jeune est un « tori-tetsu. » En japonais, ce mot décrit quelqu’un qui aime prendre des photos de trains. crédit photo : Dominique Liboiron
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Cet homme regarde la foule durant un match de sumo. crédit photo : Dominique Liboiron
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Au Japon, il y a des éléments du pays qui sont anciens et d’autres qui sont modernes. Souvent, l’un rejette l’autre. crédit photo : Dominique Liboiron
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Autrefois, ces éléments existaient en harmonie. « Être dehors dans la rue est un voyage personnel. J'essaie d'attraper un moment qui veut dire quelque chose pour moi. » - Yin Tang crédit photo : Dominique Liboiron
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« J'aime jouer avec la réalité ordinaire, utiliser des acteurs qui ne posent pas et qui sont inconscients du drame dans lequel je les ai placés. » - Richard Kalvar crédit photo : Dominique Liboiron
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« Je suis un peu voyeuse par nature et j'aime comparer la rue à une performance artistique. [...] Je regarde les gens bouger, vivre des moments excentriques, beaux, drôles. » - Narelle Autio crédit photo : Dominique Liboiron
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Certains diraient que cette image ne serait pas de la photographie de rue, car il y a un élément de nature. Mais est-ce la nature quand les arbres se trouvent en ville? Si cette photo était publiée dans le cadre d’une nouvelle, elle serait du photojournalisme. En somme, les types de photographie se chevauchent et s’entrecroisent. crédit photo : Dominique Liboiron
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Parfois le chasseur devient le chassé. crédit photo : Dominique Liboiron
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Mais pas cette fois-ci. crédit photo : Dominique Liboiron
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Comme la pluie, le feu et les appareils électroniques distraient aussi les gens. En même temps, la photographie de rue nous aide à remarquer les tendances dans une société. La distraction causée par les appareils électroniques et le phénomène de vivre des expériences à travers un écran comptent parmi les tendances qui définissent de plus en plus notre réalité; si nous ne sommes pas trop distraits pour le remarquer. crédit photo : Dominique Liboiron

Peu importe ce qui distrait les personnes que vous observez vous remarquent moins si vous évitez les mouvements soudains ou brusques. La pluie offre plusieurs avantages, car elle occupe la pensée des gens. De plus, elle cache le son et incite les gens à porter un chapeau ou à se mettre sous un parapluie ce qui peut voiler les yeux. Quant au soleil, sa lumière dorée à l’aube et au crépuscule colore la peau d’un joli teint. Une perspective inhabituelle rend vos photos spéciales. N’oubliez pas de faire semblant de photographier autre chose pour vous rapprocher de votre sujet. Bon espionnage. 

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« Ma vie est forgée par le besoin urgent de barauder et d’observer, et ma caméra est mon passeport. » Steve McCurry crédit photo : Dominique Liboiron

Je vous invite à partager vos photos avec nous. Prière de les envoyer à dliboiron4@hotmail.com et d’y inclure une courte description. 

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