Dans la première partie, nous avons rencontré le photographe japonais Keijiro Suzuki qui avait visité le Népal en 2012 et 2024. Il a expliqué que durant ces périodes, les citoyens ressentaient une apathie politique. Les citoyens étaient conscients des nombreux problèmes dans le pays, mais ils étaient également conscients de l’étendue de la corruption et ne croyaient pas que les politiciens voulaient améliorer le Népal. Un exemple de la corruption se voyait dans les photos sur les réseaux sociaux que partageaient certains enfants de politiciens. Ces photos démontraient leur style de vie ultra-luxueux tiré des impôts du peuple. Les Népalais ont critiqué cette extravagance sur les réseaux sociaux, alors le gouvernement a tenté de censurer l’Internet à partir du 4 septembre 2025.
Des manifestations ont éclaté le 8 septembre 2025 contre une classe politique enracinée où des membres des mêmes familles se trouvaient souvent au pouvoir. Ces manifestations se sont tenues à Katmandou, la capitale, mais aussi dans d’autres régions du pays. À Katmandou, la situation a pris de l’ampleur quand des manifestants ont tenté d’accéder au parlement et ont lancé des pierres aux policiers qui ont répondu avec violence.
Le lendemain, des manifestants ont mis feu au parlement ainsi qu’à d’autres bâtisses associées à l’élite népalaise. De nombreux politiciens, y compris le premier ministre, ont démissionné. Finalement, un premier ministre a été élu par intérim en attendant des élections à l’échelle du pays en mars 2026.
Au Japon, Keijiro a vu des images frappantes à la télévision et il a immédiatement contacté des amis au Népal par WhatsApp et Instagram afin de s’assurer de leur sécurité. Les messages en réponse étaient brefs, mais transmettaient le chaos de la place. Vers la fin du mois de janvier 2026, Keijiro a reçu un message Instagram de son ami Rupesh qui parlait d’un livre de photos créé à la suite des démonstrations.
Rupesh Man Singh a 33 ans et il est impliqué dans la création d’un livre de photos intitulé Gen Z Power. Un travail d’équipe, Gen Z Power regroupe l’œuvre de 28 photographes, 2 écrivains et 1 poète. Écrit en népalais et en anglais, le texte et les photos décrivent l’expérience des membres de la génération Z qui ont goûté aux manifestations en personne. Le plus jeune des photographes avait 16 ans et le plus vieux avait 28 ans; leur âge moyen était de 23 ans.
Keijiro souligne que ces photographes ont une perspective unique. Ils se trouvaient là. Donc, leurs images ont un impact et créent des émotions vives. Grâce à son respect et son affection des Népalais et du pays, Keijiro se sentait obligé de partager le livre avec ses contacts dans le domaine des arts répartis dans 15 pays, y compris le Canada.
Selon Rupesh, la décision de créer un livre était spontanée et très intentionnelle avec le souci de l’honnêteté quant à toute la situation, mais sans avoir le temps de calculer tous les risques. « Nous avions le sentiment d’être responsable alors nous avons agi », explique-t-il.
Bijesh Shrestha, 24 ans, était un des éditeurs. Son ami, Rohan Shrestha, 21 ans, était l’autre.
Bijesh indique que le recueil partage le regard de gens qui viennent de partout au Népal. Selon Rohan Shrestha, le livre de photos porte une vie propre en soi parce que dans les années à venir, l’œuvre illustrera un record de la génération qui s’est mise debout.
Rohan Thapa a contribué au projet aussi. Comme Rupesh, il travaille à Népal Point, un organisme qui vise à encourager l’art au Népal. L’organisme a publié Gen Z Power. Photographe depuis une quinzaine d’années, Rohan Thapa, un homme de 43 ans a assisté aux manifestations afin de capter des photos.
Selon lui, lorsque le groupe Gen Z Power a envoyé un appel aux jeunes Népalais pour contribuer aux photos du livre, environ 30 personnes ont vu cet appel, mais seulement 28 ont répondu, ce qu’il explique par une crainte de représailles tel que de l’emprisonnement ou pire. L’appel ouvert a duré du 18 au 26 septembre.
Selon Rohan Thapa, une des failles des systèmes politiques concerne le manque de reconnaissance des jeunes et de la technologie. Donc, le livre tente d’inclure les deux.
Le pays a tenu des élections fédérales le 5 mars. Le parti anciennement au pouvoir s’est fait balayer et un nouveau parti politique, le Parti national indépendant, a remporté 182 des 275 sièges.
Cependant, l’avenir politique du pays reste flou. Rohan Shrestha estime que les jeunes ont une voix qu’ils n’avaient pas auparavant. Il souhaite que les nouveaux politiciens leur tendent l’oreille.
Rupesh remarque que les Népalais s’expriment davantage, alors au moins, les politiciens savent qu’ils sont redevables. Il ajoute que les Népalais réalisent qu’ils doivent maintenir un regard sur le plan politique au lieu de s’y intéresser seulement au cours des élections.
Bijesh constate que le coût de l’essence et le manque d’électricité en milieu rural freinent le développement. Donc, il avoue la difficulté de prédire combien de temps s’écoulera avant que les changements se réalisent.
Quant à l’avenir de la photographie au Népal, les manifestations ont ouvert le médium à des gens qui ne se considèrent ni photographe ni artiste. Plutôt, une caméra est un outil pour la démocratie. Une personne n’a pas besoin d’un appareil photo sophistiqué pour exprimer son opinion.
Bijesh, photographe depuis quatre ans, constate que les gens commencent à comprendre le pouvoir de la photographie et que tout le monde a un téléphone. « La photographie saute par en avant à présent. »
Il n’y a pas beaucoup d’écoles de photographie au Népal, alors les gens apprennent grâce au mentorat informel ou tout simplement par essai et erreur. Bien que la photographie numérique soit commune, les gens explorent la photographie à film.
Dans les années à venir, nous saurons mieux si les nouveaux gouvernants népalais ont su rebâtir la confiance du peuple vis-à-vis de la classe politique. En attendant, nous savons que le conflit politique crée une montée inattendue de la photographie au Népal et qu’un petit nombre de photographes ont pris un grand risque pour partager ce moment historique.
Pour lire au sujet du séjour de Keijiro et pour voir ses photos, visitez son blogue. Sachez qu’il faudra indiquer à votre navigateur Internet d’en faire la traduction, car le texte est écrit en japonais. Le compte Instagram de Nepal Point parle du livre Gen Z Power tout comme #nepobabies, également sur Instagram qui donne des exemples du népotisme au Népal. Pour vous procurer une copie de Gen Z Power, suivez ce lien.
Je vous invite à partager vos photos avec nous. Prière de les envoyer à dliboiron4@hotmail.com et d’y inclure une courte description.