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Image tirée du film Une fille marche toute seule pendant la nuit, un film de Ana Lily Amirpour
Les Rocheuses

Femme, vie, liberté: entrevue avec Newsha Khalaj

Par Nathalie Lopez | 2 novembre 2022
Cette semaine j’ai eu l’énorme plaisir de m’entretenir avec Newsha Khalaj, artiste visuelle et programmeuse de la série de films iraniens féministes intitulée « Woman, Life, Liberty » (Femme, vie, liberté) présentés durant le mois de novembre à la galerie d’art The Polygon à Vancouver Nord.

On a parlé de ses choix pour ce programme riche et varié, de son parcours en tant que jeune femme d’origine iranienne, de ses sentiments face à la situation actuelle en Iran, de l’importance de l’art et, plus précisément, du cinéma comme forme de dénonciation.

Pourquoi était-il important pour toi et pour la galerie The Polygon de présenter cette série de films féministe iraniens maintenant?

La galerie The Polygon est au cœur de Vancouver Nord, où se trouve la plus grande communauté d’Iraniens en Amérique du Nord après Los Angeles. Comme je suis d’origine iranienne et que les événements récents qui secouent la société iranienne me touchent particulièrement, j’ai décidé de proposer cette initiative à la galerie. L’initiative fut accueillie à bras ouverts car la galerie sentait très fortement le besoin de montrer son soutien à cette communauté que nous aimons tant et, bien sûr, ce soutien est plus que jamais nécessaire! 

Parle-nous de la sélection de films pour cette série. 

C’est une petite série de quatre films qui met en valeur des réalisatrices iraniennes qui vivent en Iran ou qui font partie de la diaspora. Ce sont toutes des féministes qui se questionnent sur leur identité en tant que femme ou qui luttent pour pouvoir se forger une identité qui leur est propre sous ce régime dans lequel leur corps est la propriété de l’état.

Les films sont assez divers: on y trouve du documentaire comme de la fiction, et des films plus anciens comme des films contemporains. La série débute avec Une fille marche toute seule pendant la nuit, un film écrit et réalisé par Ana Lily Amirpour, qui est le premier film iranien western de vampire. Un film qui met en vedette une vampiresse qui se régale d’hommes au mauvais comportement.  La série sera présentée une fois par semaine durant tout le mois de novembre. Un autre film à ne pas manquer est The House is Black, un documentaire de 1962 de la réalisatrice Forugh Farrokhzad, un pilier du mouvement féministe iranien. Le film sera présenté le 17 novembre. 

 

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Image tirée du film The day I Became a Woman, un film de Marzieh Meshkini

Newsha Khalaj, quel est selon toi l’importance du cinéma et de l’art en général comme forme de contestation à ce qui se passe en Iran en ce moment?

Pour moi, le cinéma a une place très importante dans mon cœur car mon père adorait les films. Dès un très jeune âge, il me partageait déjà cet amour. Je pense que c’était une façon pour lui de me partager sa culture, qui est aussi ma culture, malgré que je suis née ici. Mon père a dû fuir l’Iran après la révolution, ma mère aussi d’ailleurs, mais elle n’est jamais retournée depuis. Elle a très peur de retourner car elle était très active politiquement et sa vie serait sûrement en danger si elle y allait. Mon père lui a décidé d’y retourner car il était gravement malade et c’était important d’y retourner avant sa mort. Malheureusement il est décédé là-bas, mais au moins il a réussi à faire ce voyage. Cette série de films lui est donc dédiée, en son honneur. 

Il va sans dire que le cinéma est important pour moi, car c’est grâce au cinéma que j’ai pu être plus conscientisée à la réalité de l’Iran et à son histoire. Souvent mes parents n’étaient pas capables de me partager des choses assez difficiles que les deux ont dû vivre dans ce régime totalitaire qui les a finalement forcés à quitter le pays. Même si j’ai dû apprendre à coller des morceaux d’information ici et là pour me faire une image complète de ce que mes parents ont vécu, je me sens tout de même extrêmement reconnaissante, car mes parents m’ont élevée avec des valeurs féministes très fortes. 

En ce moment, tout art comme forme de soutien et de contestation est bienvenu car en Iran quiconque dénonce ce gouvernement, autant les artistes, les écrivains ou les activistes, peuvent disparaître et être assassinés. Mais ce qu’on voit en ce moment avec le mouvement  « Femme, vie, liberté » à la suite de la mort de la jeune Mahsa Amini, c’est, à mon avis, le plus grand mouvement féministe au monde, et le soutien à travers les pays est incroyable!

Que souhaites-tu accomplir avec cette série et quel est ton souhait pour la situation de la femme en Iran?

J’espère que cette série donnera la chance aux gens d’être plus conscients de la situation actuelle en Iran, mais aussi de la beauté du pays et de son peuple, de sa force et de sa bravoure. Et bien sûr démontrer notre soutien envers la communauté perse, démontrer notre solidarité avec les femmes en Iran.

Aussi, je voudrais noter que les bénéfices de la série iront à des associations caritatives en Iran.

Finalement, mes souhaits sont que ce mouvement incroyable puisse être l’étincelle qui mettra fin à ce gouvernement dictatorial et que le pays de mes parents, mon pays, redevienne un lieu libre et sûr pour tout le monde. Je suis vraiment optimiste que cela va arriver et je n’ai jamais été aussi fière d’être un fille de l’Iran et de voir l’énorme soutien de gens de partout dans le monde entier. De mon côté, ça m’a permis de me rapprocher de ma famille qui fait partie de la diaspora iranienne; on se partage des informations et surtout du soutien émotionnel. Cela a été très puissant pour nous tou.te.s.

Pour plus d’info sur la série, rendez-vous sur la page d’événements de la galerie The Polygon.

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