Le temps des Fêtes est un moment festif qui se veut une période de tranquillité, de rassemblement et de célébration. Cependant, ce temps de l’année peut aussi nous causer du stress et il est important de ne pas négliger notre santé mentale afin de vraiment profiter de cette période magique de l’année.
Afin de recueillir des conseils qui pourraient être utiles pour tout le monde, j’ai fait appel à l’expertise de Joëlle Perras, éducateur.e, animateur.e et coach passionné.e par la santé mentale et la créativité. Ce sujet lui tient particulièrement à cœur, car iel vit avec le trouble bipolaire. Iel a décidé de transformer son expérience en source d’inspiration et offre des ateliers alliant récit personnel et outils concrets afin d’appuyer les gens dans leur mieux-être.
Dans un premier temps, j’ai demandé à Joëlle quelles sont les causes de stress spécifiques qui peuvent nous affecter durant le temps des Fêtes.
Joëlle m’explique que, souvent, durant le temps des Fêtes, il y a des causes moins évidentes que d’autres. Les attentes sociales peuvent en faire partie : on ne les identifie pas toujours tout de suite, mais elles sont beaucoup plus prononcées durant le temps des Fêtes. On peut notamment y retrouver la pression de devoir pratiquer certaines croyances religieuses ou spirituelles. Le temps des Fêtes peut ainsi nous confronter à une fausse impression qu’il nous faut adhérer à une foi ou à des croyances spirituelles, ce qui n’est bien sûr pas le cas pour tout le monde.
Il y a aussi la pression sociétale, qui s’accentue à nouveau durant cette période, d’être en couple ou de devoir trouver l’amour magiquement à ce moment de l’année. Nombreuses sont les personnes qui appréhendent le temps des Fêtes, car elles doivent faire face au jugement de leur famille parce qu’elles sont encore célibataires.
Une autre pression qui peut-être plus omniprésente, mais pas moins gênante c’est celle de devoir être dans la joie. Cela est particulièrement difficile pour les personnes qui vivent un deuil ou traversent un moment difficile. Joelle explique qu’il s’agit d’une attente extrêmement pesante surtout quand « bien des gens ne vont pas bien ».
Les finances peuvent aussi devenir une source de pression sociale dans une société qui associe malheureusement les Fêtes à la consommation.
Selon Joëlle, une autre grande source de stress est la performance émotionnelle : « Celle-ci peut nous demander d’agir d’une certaine façon qui peut aller à l’encontre de nos désirs et de nos limites – que ce soit en matière de dépenses ou de relations familiales, notamment avec des personnes qu’on préférerait éviter. De plus, il y a la pression de performance émotionnelle reliée à devoir être présents à tous les événement organisés durant ce temps-ci de l’année. On est sollicités de tous les bords, partys de Noël du bureau, de l’école des enfants, de nos communautés, marchés de Noël, etc.
Plus subtilement, il existe aussi une pression liée à certaines actions perçues comme faisant partie intégrante du temps des Fêtes, comme trop boire, trop manger ou ne pas manger sainement. Cela mène souvent à un sentiment de culpabilité associé à la surconsommation durant cette période.
Finalement, c’est aussi une période qui est remplie de stimuli intenses : bruit, lumières, foules, circulation, publicités, entre autres, ce qui peut aussi être un grand stress.
Toutes ces sources de stress, explique Joëlle, mènent à une déstabilisation des routines ce qui compromet le bien-être de notre santé mentale. On réalise rarement que cette période qui est censée être des plus relaxantes peut en fait déstabiliser ce qu’on fait normalement pour prendre soin de notre santé mentale. Ce constat est quelque chose dont Joëlle en est particulièrement conscient.e, car, vivant avec le trouble bipolaire, maintenir une routine stable est primordial. Cependant, on devrait tout.e.s être un peu plus conscient.e.s de l’effet que la déstabilisation des routines a sur notre bien-être. Parmi ce qui chamboule nos routines, on retrouve la dérégulation du sommeil, le manque d’activité physique, le non-respect des limites personnelles, le manque d’une saine routine alimentaire et, en gros, moins de temps pour nous occuper de nous-mêmes de la façon dont on a besoin.
Alors, que peut-on faire pour garder un équilibre durant les Fêtes?
Voici la recette de Joëlle :
Ceci se résume à « prendre soin de moi et de mon système avant de prendre soin de mes traditions. » Et en prenant soin de soi, cela mène à mieux interagir avec ses traditions.
Voici à quoi cela ressemble :
1.Garder le plus possible la même heure de dodo – le sommeil
Ce qui pour Joëlle est son pilier no. 1, qui, dans le cas échéant, pourrait causer un épisode bipolaire.
C’est à dire faire attention au sucre, à la caféine mais bien-sûr chacun connaît ce qui le
nourrit afin de garder son énergie stable. Mais, en règle générale : « Cinq jours à juste manger des glucides ça ne fait pas du bien à personne ».
Les endorphines créées en faisant de l’exercice représentent le meilleur antidépresseur naturel pour tout le monde. De plus, en vivant dans l’hémisphère nord où l’on manque de lumière, on a besoin de ces endorphines, surtout pour les gens qui souffrent de dépression saisonnière. Et cela ne veut pas dire d’aller en salle de gym tous les jours, mais d’incorporer des activités physiques amusante que tout le monde peut faire ensemble, comme aller dehors, jouer une partie de tag, prendre de belles longues marches, faire du patinage sur glace, faire de la luge, etc. On peut en fait intégrer ces activités pour en faire partie de nos traditions de rassemblement.
Ceci peut sembler plus difficile pour certain.e.s mais Joëlle explique que « dire non c’est apprendre à se faire plaisir à soi et non aux autres ». Une leçon de vie assez importante de façon générale. Cette limite est aussi importante dans la consommation d’alcool qui est au fait un dépresseur. Il faut donc se responsabiliser face à nos choix et consommer en faisant des choix conscients.
Et par cela, Joelle explique essayer de rester connecté.es à ce qui nous ancre. Par exemple se connecter avec la nature, avec un rituel, ou juste une personne ou même un animal de compagnie. Parfois cette connexion peut-être avec une communauté ou un groupe de soutien.
Finalement, Joëlle encourage les gens à s’écouter et à savoir quelles sont leurs limites.
Et bien sûr, ne pas négliger la magie de cette période de l’année où dans le nord on vit le solstice d’hiver, une saison où l’on veut être au chaud, se rassembler et célébrer, un temps spécial pour tout le monde, quelles que soient nos croyances spirituelles, culturelles et religieuses.
« Le plus beau cadeau qu’on peut se faire, c’est de s’écouter. »