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La réalisatrice Saïda Ouchaou-Ozarowski et Sonia Ghaya une participante dans le film. Crédit photo: ONF
Les Rocheuses

À pleine voix

Des rencontres riches avec des femmes musulmanes d’aujourd’hui
Par Nathalie Lopez | 9 avril 2022
À la mi-mars, j’ai eu la l'occasion d’assister au lancement d'un documentaire saisissant de la réalisatrice et journaliste Saïda Ouchaou-Ozarowski. Née en France, de descendance algérienne et berbère, Saïda a longtemps été basée à Vancouver est c’est ici qu’elle a décidé de faire le lancement de son documentaire À pleine voix produit par l’Office national du film du Canada (ONF).

À pleine voix nous amène à la rencontre de six femmes Canadiennes de confession musulmane de différents horizons. Elles livrent devant la caméra des témoignages tous aussi ouverts, sincères et engagés que profonds sur leur relation avec l’Islam ainsi que sur le façonnage de leur identité unique en tant que femmes musulmanes.

Je me suis entretenue avec la réalisatrice après le lancement pour discuter de son film, ainsi que sur le féminisme et l’Islam.

Tout d’abord j’ai demandé à Saïda, pourquoi le besoin de faire ce film maintenant?

Au départ, l’idée du film lui est venue peu après les attentats du 11 septembre, quand les médias se sont enflammés et que les amalgames et les stéréotypes sont devenus la norme dans la représentation des personnes de confession musulmane, mais plus spécifiquement des femmes. En tant que journaliste, Saïda pouvait constater que le travail de recherche était souvent bâclé et que dès qu’on traitait des sujets sur la communauté musulmane, la parole était donnée majoritairement aux hommes. Avec le temps et les attentats en Europe, elle a été témoin d’une dégradation de la représentation des musulmans dans les médias. De plus, au Québec, plus spécifiquement avec le débat autour des accommodements raisonnables, il découlait souvent un portrait très négatif de la femme musulmane comme étant soumise et dépourvue de liberté. Saïda a donc décidé d’aller à la rencontre de femmes déterminées, féministes et pour qui, comme elle, leur dévotion à leur foi ne les empêche aucunement de se construire des identités riches et en toute liberté, brisant tous les clichés et stéréotypes qui leur sont si souvent associés.

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Image d’une animation dans le documentaire, femme qui se promène entre des chaises. Crédit photo : ONF

 

Je lui ai ensuite demandé de me parler du choix derrière les femmes présentées dans le documentaire. 

Saïda tenait à représenter des femmes de sa génération qui sont engagées, affirmées et curieuses du monde qui les entoure mais surtout de démontrer que ces femmes-là font, au fait, partie d’une grande majorité de musulmanes qui n’ont pas peur de tracer leur propre route, toujours en demeurant fidèles à leurs croyances spirituelles. Vivant partout au Canada, nées ici ou étant issues de l’immigration (Asie du Sud-Est, Afrique du Nord, Moyen-Orient, Europe) « ce que ces femmes ont en commun par-dessus tout c’est l’envie de partager leur vision de l’islam ». Saïda m’explique que les six participantes dans le documentaire font partie d’une majorité de femmes qui croient dans la possibilité d’adapter l’islam au contexte dans lequel elles vivent. Un parfait exemple de ceci serait Eman, une des femmes représentées dans le documentaire, qui est ouvertement lesbienne et qui fait du stand-up à New York en utilisant son vécu coloré pour illustrer, comme les autres femmes du documentaire le font aussi à leur façon, qu’il n’y a pas de fin à l’évolution de cette religion.

Je lui ai ensuite demandé si, selon elle, les valeurs féministes se heurtent contre celles prescrites par religion musulmane.

Saïda m’a expliqué que n’étant pas une experte sur l’islam et en ajoutant que le féminisme dans les pays Arabes ou de l’Afrique se différencie de celui des pays occidentaux, il était difficile de répondre à cette question avec justesse, mais qu’en principe le Coran ne se prononce aucunement à l’encontre de l’égalité entre hommes et femmes, et qu’au contraire l’éducation, tant pour les hommes que pour les femmes, fait partie intrinsèque de l’islam. De plus, déjà au 

7e siècle, le droit à la propriété exclusive aux femmes faisait partie de la loi Islamique, ce qui n’existait pas ailleurs dans le monde à cette époque. Selon Saïda, le problème d’iniquité entre les genres ne devrait pas être attribué à la religion en tant que telle, qu’elle soit le christianisme, l’islam ou le judaïsme, mais plutôt à l’interprétation de ces religions dans un monde patriarcal. 

En tant que féministe engagée, Saïda m’a aussi partagé le choix de travailler avec une équipe principalement féminine. C’était très important pour elle de choisir majoritairement des collaboratrices dans ce projet pour ainsi briser le statu quo qui prédomine dans l’industrie. Elle m’explique que travailler avec une équipe majoritairement féminine lui a permis de créer une bulle de confiance absolue pour les participantes du film et que cela se ressent dans la manière dont ces dernières se livrent dans le documentaire. De plus, cela fut une belle expérience pour toute l’équipe, car il y a eu aussi cette réalisation qu’au-delà des différences, on a beaucoup plus de choses en commun dont, entre autres: la détermination et l’aspiration à l’égalité. 

C’est d’ailleurs le message qu’elle espère qui se dégage de cette expérience cinématographique, car avec la montée du racisme et d’islamophobie dans l’occident, il est important de noter que « le vivre ensemble se construit comme société ici au Canada et ailleurs afin de dépasser les différences visibles et de briser les biais inconscients. Il nous faut avancer ensemble vers une société plus juste, libre de tabous et préjugés ». Voilà l’opportunité qui s’offre à nous avec À pleine voix disponible gratuitement sur le site de l’ONF.

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