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WebOuest 62 millions de vues durant le mois le plus court de l’année- et on en fait quoi?
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Les Montagnes

62 millions de vues durant le mois le plus court de l’année- et on en fait quoi?

Par Nathalie Lopez | 25 avril 2026

Le premier blogue que j’avais écrit il y a maintenant 4 ans posait la question : pourquoi lire un blogue sur le féminisme en 2022?

Je ne m’imaginais pas qu’après ces années, la réponse serait de plus en plus criante.

C’est du moins ce qui me hante en voyant circuler sur les réseaux sociaux la nouvelle de l’enquête menée par CNN le mois dernier, qui révèle un écosystème organisé qui sert aux hommes à échanger entre eux des conseils sur la façon de droguer, filmer et agresser leurs partenaires.

Je dois avouer qu’après le procès de Gisèle Pelicot et plus dernièrement l’affaire Epstein, il devient de moins en moins facile de supporter à que point la culture du viol et la misogynie semblent omniprésente ces temps-ci dans la société.

Ce qui est encore plus troublant, c’est que cette enquête menée par CNN ne représente qu’une petite partie d’un réseau international de viols beaucoup plus vaste. Ces constats font partie de reportages ayant mené à une série de documentaires sur YouTube qui fut mis en lumière par les journalistes allemandes: Isabell Beer et Isabel Ströh (L’essentiel media). 

Tout ceci révèle une inquiétude profonde qui nous force à nous demander comment des espaces, publics ou privés, peuvent-ils normaliser la violence sexuelle et chercher à « former » des individus pour déshumaniser les femmes? Au-delà de l’horreur immédiate des faits, cette révélation s’inscrit dans un contexte plus large de montée globale de la misogynie et d’un discours public tolérant des comportements de plus en plus sexistes et violents.

La misogynie de nos jours ne se limite pas à des insultes en ligne; elle se traduit par des réseaux, des tutoriels, des blagues et des normes culturelles qui banalisent l’agression et légitiment la domination masculine. Les plateformes numériques facilitent la diffusion d’idéologies violentes en offrant anonymat et viralité. Quand des individus se réunissent pour s’entraîner à violer ou pour échanger des ‘conseils’ de prédation, on est face à la version la plus décadente d’un problème social qui semble sans cesse s’aggraver. Ce phénomène est connu comme la « manosphère » qui désigne l’ensemble des communautés en ligne qui promeuvent de façon croissante des conceptions rigides et hostiles de la masculinité, tout en véhiculant l’idée fausse selon laquelle le féminisme et l’égalité des sexes se seraient construits au détriment des droits des hommes. 

Les contenus radicaux de la manosphère connaissent un succès croissant, en particulier auprès des jeunes hommes qui se sentent isolés. Selon le rapport « State of American Men 2023 » d’Equimundo, groupe de recherche partenaire d’ONU Femmes, deux tiers des jeunes hommes ont le sentiment que « personne ne [les] connaît vraiment ».

D’ailleurs, plusieurs études et enquêtes médiatiques évoquent une montée de la précarité émotionnelle chez certains hommes, souvent désignée comme une « épidémie de solitude masculine ». Isolement social, perte de repères identitaires, difficultés économiques et incapacités à nouer des relations égalitaires peuvent nourrir frustration et ressentiment. Sans aucune justification, ces souffrances peuvent être détournées vers des manifestations agressives de virilité et exploitées par ces groupes qui offrent une communauté basée sur la haine des femmes. Ces groupes se lient aussi aux propos homophobes, transphobes et parfois racistes.

Le mois de mai est le mois de la prévention des agressions sexuelles. Il est donc primordial qu’on s’attarde comme société à la prévention de la violence fondée sur le genre de façon globale.

La prévention doit donc être multifactorielle et viser la recherche, l’éducation, la défense des droits et le changement des politiques, en s’attaquant aux causes profondes de la violence. Sur le plan éducatif et culturel, il faut entre autres renforcer l’enseignement du consentement, des relations respectueuses et saines dès le plus jeune âge. Il faut aussi songer à des programmes d’éducation qui accompagnent des jeunes hommes dans la construction d’identités non toxiques, ainsi qu’à des initiatives communautaires pour recréer des liens sociaux. Sur le plan judiciaire et policier, la vigilance et la répression des lieux et groupes organisant des violences sont indispensables. Il est aussi de mise d’instaurer une collaboration entre les autorités de régulation et le secteur numérique afin de promouvoir des lois qui garantissent une plus grande sécurité des espaces en ligne.

Le moment est venu d’arrêter de minimiser la sévérité du problème et de s’attaquer à la réduction de la fracture numérique entre les sexes. Nous avons tous et toutes un rôle à jouer en combattant la masculinité toxique dans les espaces virtuels afin d’agir contre le harcèlement en ligne et la violence engendrée dans le monde réel.

La francophonie du Nord et de l’Ouest habite sur des territoires visés par de multiples traités avec les peuples autochtones ainsi que des territoires non cédés. Ces peuples ont accueilli les premiers francophones et les ont aidés à survivre et prospérer. C'est dans le respect des liens avec le passé, le présent et l'avenir que nous reconnaissons la relation continue entre les peuples autochtones et les autres membres de la communauté francophone. Au-delà de cette reconnaissance, WebOuest s’engage à mettre en lumière des histoires des peuples autochtones qui habitent toujours ces terres.