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WebOuest Projet Impacts du Comité FrancoQueer de l’Ouest
crédit photo : Vlada Karpovich, Pixels
Les Montagnes

Projet Impacts du Comité FrancoQueer de l’Ouest

Par Martin Bouchard | 18 avril 2026

Or, les décisions ne se prennent pas là où on les commente; elles se prennent ailleurs, dans des espaces qui ne nous ressemblent pas toujours, qui n’ont pas été pensés pour nous, et qui continuent d’avancer, avec ou sans notre présence.

En janvier dernier, à Davos, Mark Carney a lancé une phrase qui a fait le tour du monde : « If we’re not at the table, we’re on the menu. » Autrement dit, si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu. Il parlait de géopolitique, de rapports de force entre États, de puissances moyennes prises entre des blocs plus grands qu’elles, mais la portée de cette phrase dépasse largement ce contexte. Elle rappelle, de façon très directe, que lorsqu’on n’est pas présent.e là où les décisions se prennent, quelqu’un finit inévitablement par décider à notre place, souvent avec une compréhension partielle de la réalité.

Dans l’Ouest, les réalités francoqueer ont longtemps occupé cet espace ambigu où elles sont connues, parfois reconnues, mais rarement intégrées dans les mécanismes de décisions. On consulte, on écoute, on prend des notes, puis les décisions se prennent ailleurs, dans des cadres où ces réalités ne sont qu’un élément parmi d’autres, et rarement un point de départ.

Ce qui manque, dans ce type de dynamique, ce n’est pas tant la bonne volonté que la présence réelle, c’est-à-dire la capacité d’influencer ce qui est en train de se décider, au moment où cela se décide.

Un projet pour créer du changement

C’est précisément là que le projet Impacts du Comité FrancoQueer de l’Ouest vient déplacer quelque chose d’important. L’objectif n’est pas de créer un espace de plus où l’on peut s’exprimer, mais bien de préparer des personnes à occuper des rôles au sein des instances existantes, à comprendre les mécanismes de gouvernance, à lire un budget, à intervenir dans une discussion stratégique sans être cantonné à une posture consultative.

Ce type de travail peut sembler technique parce qu’il ne produit pas d’effets immédiats visibles, mais il touche directement à la question du pouvoir, c’est-à-dire à la capacité d’influencer les orientations, les priorités et les décisions qui auront un impact concret sur les communautés.

En parallèle, un autre travail s’effectue, tout aussi essentiel, auprès des organisations elles-mêmes, afin qu’elles soient en mesure d’accueillir ces nouvelles présences autrement que comme un exercice de diversité symbolique. Car inviter une personne à la table ne suffit pas si les conditions ne sont pas réunies pour que sa parole ait un poids réel dans les décisions.

Le projet Impacts, financé par Femmes et Égalité des genres Canada, entre maintenant dans sa troisième et dernière année, et il devient possible d’en mesurer les effets non pas à travers un moment charnière spectaculaire, mais plutôt à travers une série de déplacements progressifs.

On voit apparaître des personnes qui prennent leur place sans s’excuser, qui interviennent avec assurance, qui posent des questions qui n’auraient pas été posées autrement. On observe aussi des espaces qui commencent à se transformer, parfois légèrement, parfois plus profondément, simplement parce que les perspectives autour de la table ne sont plus les mêmes.

Parce qu’au fond, la question dépasse largement celle de la visibilité; elle touche à la capacité d’influencer ce qui va suivre, à la possibilité de faire pencher une décision, d’ouvrir une option qui n’était pas envisagée, ou de bloquer une orientation qui aurait des effets concrets sur des personnes qui ne sont pas dans la pièce.

Rester à l’extérieur permet de conserver une distance critique, une liberté de ton, une capacité à nommer les choses sans compromis, mais cette posture a ses limites, puisqu’elle ne permet pas de déplacer le centre de décision.

Entrer dans ces espaces implique au contraire d’accepter une certaine complexité, de composer avec des règles qui ne sont pas toujours adaptées, de naviguer dans des dynamiques où tout ne peut pas être transformé immédiatement, mais c’est précisément dans cette tension que se situe la possibilité d’un changement réel.

Le projet Impacts ne repose pas sur une promesse de transformation rapide; il s’inscrit dans une logique plus exigeante, celle d’un travail en profondeur qui vise à modifier, progressivement, qui est à la table et comment les décisions y sont prises.

Au bout du compte, il existe une différence fondamentale entre être invité.e dans une conversation et être en position d’en influencer l’issue, et cette différence, aussi discrète soit-elle, continue de structurer ce qui est possible ou non pour nos communautés.

La francophonie du Nord et de l’Ouest habite sur des territoires visés par de multiples traités avec les peuples autochtones ainsi que des territoires non cédés. Ces peuples ont accueilli les premiers francophones et les ont aidés à survivre et prospérer. C'est dans le respect des liens avec le passé, le présent et l'avenir que nous reconnaissons la relation continue entre les peuples autochtones et les autres membres de la communauté francophone. Au-delà de cette reconnaissance, WebOuest s’engage à mettre en lumière des histoires des peuples autochtones qui habitent toujours ces terres.