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WebOuest Pourquoi la famille choisie compte aux Fêtes
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Les Montagnes

Pourquoi la famille choisie compte aux Fêtes

Par Martin Bouchard | 22 Décembre 2025

Les Fêtes arrivent avec leur cortège de traditions : les repas, les chansons, les retrouvailles, les photos qui « prouvent » qu’on est ensemble. Pour beaucoup de gens, c’est réconfortant. Pour d’autres, c’est un moment délicat, parfois même dangereux. Dans la communauté 2SLGBTQIA+, on le sait bien : la famille biologique n’est pas toujours un lieu d’accueil, et encore moins un lieu sécuritaire. C’est précisément pour ça que la notion de famille choisie compte autant et qu’elle prend une valeur particulière en décembre.

La famille choisie, ce sont ces personnes qui nous connaissent vraiment, parfois mieux que nos proches, et qui nous offrent ce que tout le monde devrait pouvoir trouver chez soi : du respect, de la stabilité, et une place sans condition. Elle se construit dans le temps, souvent à travers les amitiés, les réseaux communautaires, les milieux de travail inclusifs, les groupes de soutien, les voisinages, ou encore les couples et les « maisons » que l’on crée. Ce n’est pas un concept abstrait : c’est un filet de sécurité.

Pour plusieurs personnes queer, les Fêtes s’accompagnent d’un calcul très concret : est-ce que je peux y aller sans me faire humilier? Est-ce que je vais devoir cacher qui je suis? Est-ce que je risque des conflits, du rejet, ou d’être « sorti·e du placard » malgré moi? Pour les personnes trans et non binaires, la question du respect du prénom, des pronoms et de l’identité peut devenir un point de tension central autour de la table. 

À ce sujet, une enquête du Trevor Project auprès de jeunes trans et non binaires indique que, lorsque leurs pronoms sont respectés par la plupart ou la totalité des personnes dans leur vie, le taux de tentatives de suicide dans la dernière année est nettement plus bas (10% contre 23% lorsque les pronoms ne sont pas respectés). Ce n’est pas un détail de politesse : c’est un facteur de protection.

Quand la famille n’est pas un lieu sûr, les conséquences peuvent être lourdes. Au Canada, on estime que 25% à 40% des jeunes en situation d’itinérance s’identifient comme 2SLGBTQ+, alors que la proportion de jeunes 2SLGBTQ+ dans l’ensemble de la population est plutôt estimée autour de 5% à 10%, selon le Centre de recherche et d’éducation sur la violence envers les femmes et les enfants. Derrière ces chiffres, il y a des réalités de rejet, de conflits, de violence, de sorties forcées, de survie. Cela rappelle une chose simple : « rentrer dans sa famille » n’est pas un geste neutre pour tout le monde.

L’isolement chez les personnes aînées durant les Fêtes

On oublie aussi parfois l’enjeu chez les personnes aînées. Plusieurs ont grandi à une époque où il fallait se taire pour garder un emploi, un logement, ou une place dans la société. Certaines ont coupé des liens familiaux pour se protéger; d’autres ont été coupées. Résultat : l’isolement peut frapper fort, et particulièrement en hiver. Le gouvernement du Canada rapporte que 53% des aîné·e·s LGBT se sentent isolé·e·s. Là encore, la famille choisie, ami·e·s, voisin·e·s, communauté, devient essentielle, surtout quand la santé, la mobilité ou les deuils compliquent les déplacements et les rassemblements.

Dans ce contexte, la famille choisie n’est pas une solution de remplacement: c’est une forme de famille à part entière. Elle mérite d’être reconnue, valorisée et protégée. Concrètement, ça peut vouloir dire : organiser un souper entre ami·e·s plutôt que de s’imposer un trajet vers un milieu hostile; prévoir un plan de sortie si une visite tourne mal; appeler une personne aînée isolée; inviter explicitement les personnes qui n’ont « nulle part où aller »; ou encore, poser des gestes simples de respect (prénoms, pronoms, limites, sobriété, sécurité émotionnelle).

Au Comité FrancoQueer de l’Ouest (CFQO), on voit à quel point ces liens comptent. Nos activités, nos espaces de rencontre, nos projets ne remplacent pas une famille, mais ils peuvent aider à en tisser une. Pendant le temps des Fêtes, si une chose mérite d’être mise au centre, c’est celle-ci : personne ne devrait avoir à choisir entre sa sécurité et l’idée qu’on se fait de Noël. La famille choisie, c’est souvent l’endroit où l’on respire enfin, et où l’on peut être soi-même sans négocier son existence.

Joyeuses Fêtes et bonne année à toustes!

La francophonie du Nord et de l’Ouest habite sur des territoires visés par de multiples traités avec les peuples autochtones ainsi que des territoires non cédés. Ces peuples ont accueilli les premiers francophones et les ont aidés à survivre et prospérer. C'est dans le respect des liens avec le passé, le présent et l'avenir que nous reconnaissons la relation continue entre les peuples autochtones et les autres membres de la communauté francophone. Au-delà de cette reconnaissance, WebOuest s’engage à mettre en lumière des histoires des peuples autochtones qui habitent toujours ces terres.