C’est toi, c’est vous, c’est nous !
WebOuest LE PATRONYME DELORME, 1re PARTIE: De la vallée du Saint-Laurent aux Rocheuses
Sur cette photo (datant du début du XXe siècle) rassemblant des frères et une sœur de la deuxième génération de Delorme établie à Saint-Joseph, on voit Joseph, assis à l'avant, deuxième à partir de la gauche. Il était le grand-père de Marie-Laure Perron, cofondatrice du Musée de Saint-Joseph. Crédit : SHSB 5434, collection de la Société historique de Saint-Boniface

LE PATRONYME DELORME, 1re PARTIE: De la vallée du Saint-Laurent aux Rocheuses

Le nom de famille, tout un héritage!
Par Martine Bordeleau | 5 mars 2022
Pourquoi portons-nous un nom de famille? Selon certaines sources généalogiques, le nom de famille a été créé d’abord en Chine il y a près de 5 000 ans pour simplifier les recensements. En Europe, les noms de famille ont commencé à faire leur apparition au XIIe siècle pour différencier les personnes portant le même prénom.
Le nom de famille est une partie importante de notre identité. Pas surprenant que la question la plus souvent posée quand on fait connaissance, c’est « T’es parenté avec qui? »  Le nom de famille porte l’histoire de nos ancêtres et témoigne de nos liens avec notre communauté. Dans ce blogue, je vais vous présenter des noms de famille qui ont une signification particulière pour les francophones de l’Ouest canadien.

Ma grand-maman Émilienne Lemay dit Delorme (1898-1982) est l’une des personnes qui ont marqué ma vie par sa gentillesse, son don de soi, sa bonne humeur et sa résilience. Qui sont ses parents, ses ancêtres? C’est un grand mystère encore aujourd’hui, malgré des années de recherche que ma mère a consacrées à la généalogie familiale et malgré les données recueillies au Centre du patrimoine à Saint-Boniface.

Si les ancêtres de grand-maman me sont inconnus, son nom dit, Lemay dit Delorme, a tout de même attisé ma curiosité. Et plus encore, le patronyme Delorme qui est très répandu dans l’Ouest canadien, associé très souvent à des personnages historiques de la nation métisse plus grands que nature.

WebOuest
Photo : Émilienne Lemay dit Delorme

Le nom dit

Ma grand-mère paternelle portait un nom de famille, Lemay, associé à un surnom, Delorme, ce qu’on appelle le nom dit. L’utilisation du nom dit est une tradition française très ancienne qui s’est poursuivie au XVIIe siècle en Nouvelle-France avec l’établissement des familles venant de France. Selon l’historien et généalogiste Marcel Fournier dans une publication disponible en ligne, “Les surnoms ont été introduits au pays par les immigrants eux-mêmes, surtout par les soldats qui ont généralement reçu un surnom ou un sobriquet lors de leur engagement dans les troupes coloniales. C’est ainsi qu’au Canada, on retrouve des noms reliés à un “dit” comme Pasquier dit Lavallée, Gélinas dit Bellemare, Fournier dit Préfontaine, Morel dit Legrand.” À partir du 19e siècle, les noms dits ont presque tous disparu pour laisser place à un seul nom de famille dont celui qui nous intéresse aujourd’hui.

Delorme

Il n’y a pas de consensus sur l’origine du patronyme Delorme. Il pourrait avoir été attribué d’abord à une personne venant de la commune d’Ormes en France ou qui a vécu près d’un orme. Les gens qui portent ce nom de famille au Canada se comptent par milliers, d’un océan à l’autre, et leur mouvance vers l’Ouest est surtout liée à des Delorme engagés comme voyageurs. Dans cette première partie, je vous présente quelques membres de la grande famille Delorme qui ont marqué l’histoire des lieux où ils ont vécu par leur sens des affaires et de l’aventure ainsi que leur passion pour le patrimoine.

 

Charles-Simon Delorme de Montréal (1769-1837)

Propriétaire foncier et entrepreneur en construction, Charles Simon Delorme a contribué au développement urbain de Montréal du XIXe siècle en construisant quatre-vingt-seize maisons et trente édifices entre 1800 et 1830. Parmi ses grands accomplissements, on compte sa participation à la construction de l’église Notre-Dame et de l’Hôtel-Dieu de Montréal.

 

Marie-Laure Delorme Perron, Saint-Joseph, Manitoba (née en 1923)

Marie-Laure Perron, née Delorme, est la deuxième d’une famille de quatorze enfants. Elle représente la quatrième génération de Delorme à vivre à Saint-Joseph, dans le sud du Manitoba. Son arrière-grand-père, Joseph Delorme, était originaire de Saint-Barthélemy au Québec et s’est établi au Manitoba avec toute sa famille. Marie-Laure a épousé Jean-Louis Perron en 1943, un avide collectionneur d’antiquités. Au cours de sa vie, Marie-Laure a partagé sa passion et l’a appuyé dans sa recherche d’objets illustrant la vie rurale d’antan. Jean-Louis et Marie-Laure ont transformé cette collection de milliers d’articles en village-musée grâce à l’acquisition d’un terrain et de bâtiments patrimoniaux dont la maison familiale. 

Marie-Laure a donné beaucoup de son temps pour aider à la création du musée avec son époux Jean-Louis. L’ouvrage ne manquait pas pour que le Musée soit prêt à ouvrir ses portes en 1974 : nettoyage des bâtiments historiques, rénovations, gestion et entretien de la collection d’objets et campagnes de financement. Le Musée de Saint-Joseph est aujourd’hui l’un des joyaux du patrimoine francophone rural du Manitoba. À 99 ans, Marie-Laure vit maintenant des jours paisibles à Saint-Pierre-Jolys.

WebOuest
Photo : Marie-Laure Perron, née Delorme, fournie par son fils, George Perron

 

Pierre Lemay dit Delorme, Métis montagnard, Jasper, Alberta (1773-1853)*

Les Métis montagnards sont les descendants d’autochtones et de voyageurs canadiens-français qui ont traversé le pays vers l’Ouest au XVIIIe siècle. Ce sont des familles qui ont vécu de la traite des fourrures. Elles se sont établies dans la vallée de l’Athabasca pendant une centaine d’années jusqu’à ce que le gouvernement fédéral ne les chasse de leurs terres au début du XXe siècle pour créer le parc national Jasper. Les Métis de la Montagne ont ensuite migré plus au nord de l’Alberta. 

Parmi eux, Pierre Lemay dit Delorme, un guide et trappeur expérimenté qui a travaillé, entre autres, pour la Compagnie du Nord-Ouest et la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Parmi ses accomplissements, on note qu’il a fait partie de la célèbre expédition d’Alexander Mackenzie de 1789. À la recherche d’un passage vers l’océan Pacifique, l’équipe de Mackenzie a remonté un fleuve qui portera plus tard son nom, et s’est retrouvée non pas dans l’ouest du pays, mais plutôt au nord du continent, dans l’océan Arctique. 

En 1813, Pierre Delorme a épousé Marguerite Cardinal, une Métisse de St-Albert. Pierre et Marguerite ont eu deux enfants, Augustin et Pierre. Leurs descendant.e.s vivent encore aujourd’hui dans la région de Grande Cache en Alberta.

*Traduction libre d’un texte web tiré du site Mountain Metis, avec l’aimable autorisation du Mountain Metis Nation Association et de la Willmore Wilderness Foundation.

 

Louis Delorme, célébrité albertaine (1904-1992)

Arrière-arrière-petit-fils de Pierre Lemay dit Delorme, Louis Delorme s’est rendu célèbre grâce à une carrière fructueuse d’une soixantaine d’années comme guide de montagne et trappeur. Il a été l’un des premiers guides autorisés par la Province de l’Alberta. Il a fait du rodéo dans les années 1930 et il a été figurant dans un film de 1954 avec Marilyn Monroe et Robert Mitchum, River of no Return. Le Mont Louis, à l’est de Grande Cache, a été nommé en son honneur.

Ses enfants et petits-enfants sont tous et toutes aujourd’hui des guides de montagne expérimentés.

 

Les Delorme, voyageurs sous contrat vers L’Ouest

La base de données des engagements des voyageurs du Centre du Patrimoine de Saint-Boniface dénombre une dizaine de Delorme venus de la région de Montréal, qui se sont engagés à travailler pour des entreprises comme la Compagnie du Nord-Ouest ou la Compagnie de la Baie d’Hudson. Pendant la période très fructueuse de la traite des fourrures, ces voyageurs faisaient la route en canot vers le territoire des Grands Lacs et suivaient ensuite plus à l’ouest les routes maritimes qui traversaient la Terre de Rupert, comme la rivière Winnipeg, la rivière Rouge et l’Assiniboine. Ils livraient de la marchandise aux postes de traite le long de ces cours d’eau en échange de fourrures qu’ils transportaient ensuite de la même façon vers l’est. Certains d’entre eux se sont établis dans l’Ouest et se sont mariés à « la façon du pays » à des femmes autochtones, selon les coutumes locales. Leurs enfants font partie de la première génération des Métis de la Rivière-Rouge.

À venir dans la deuxième partie de cet article, l’histoire de familles métisses Delorme établies au Manitoba aux XVIIIe et XIXe siècles et de certains de leurs enfants qui ont suivi des chemins parfois tortueux et tourmentés plus à l’ouest.

 

Les SOURCES

 

 

La francophonie du Nord et de l’Ouest habite sur des territoires visés par de multiples traités avec les peuples autochtones ainsi que des territoires non cédés. Ces peuples ont accueilli les premiers francophones et les ont aidés à survivre et prospérer. C'est dans le respect des liens avec le passé, le présent et l'avenir que nous reconnaissons la relation continue entre les peuples autochtones et les autres membres de la communauté francophone. Au-delà de cette reconnaissance, WebOuest s’engage à mettre en lumière des histoires des peuples autochtones qui habitent toujours ces terres.
WebOuest

Nouveau tirage! Du 1er au 30 novembre, inscrivez-vous à notre infolettre et courez la chance de gagner un t-shirt WebOuest! Restez informés des nouveautés!