Le drapeau FrancoQueer a flotté dans le ciel albertain — pour la quatrième fois à Edmonton, et pour la toute première à Calgary. Une trentaine de personnes ont répondu à l’appel à chaque endroit. À première vue, lever un drapeau peut sembler banal. Mais dans le climat actuel, ce geste prend une portée bien plus grande.
Pendant qu’on levait ce drapeau, le gouvernement albertain poursuivait ses attaques contre les jeunes 2SLGBTQIA+ dans les écoles. En avril 2024, la première ministre Danielle Smith a annoncé une série de nouvelles restrictions, dont l’interdiction pour les élèves de moins de 15 ans de rejoindre un GSA (Gay-Straight Alliance) sans le consentement parental. Même les 16-17 ans doivent maintenant obtenir une autorisation parentale si les enseignants veulent leur fournir du matériel informatif sur l’identité de genre. On revient donc à une époque où les élèves doivent s’exposer pour accéder à un espace sécuritaire.
Ces reculs sont d’autant plus frappants : en 2017, le gouvernement néo-démocrate (NPD) avait adopté la loi 24, qui obligeait toutes les écoles à créer un GSA lorsqu’un élève en faisait la demande, sans jamais avertir les parents — afin de protéger les jeunes les plus vulnérables. Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est un retour en arrière clair et assumé.
C’est dans ce contexte que des francophones, allié·es ou directement concerné·es, ont décidé de s’afficher. À Calgary comme à Edmonton, le lever du drapeau n’était pas qu’un moment festif — c’était un geste clair de visibilité et de solidarité. Il y avait des prestations de drag queens, mais aussi des prises de parole franches et marquantes.
Deux interventions à Calgary ont particulièrement touché les participant·es. La première, simple et directe :
« Parfois, les gens se demandent pourquoi nous avons besoin de visibilité. Elle nous offre un appui essentiel. Cette visibilité est absolument nécessaire pour trouver notre place et permettre à ceux et celles qui s’interrogent de trouver des réponses. »
Et cette autre, teintée d’humour :
« Je suis fière de la communauté 2SLGBTQIA+ et de la communauté francophone : ce sont comme deux familles au milieu desquelles je baigne. Je vous invite à enfiler votre maillot de bain et à me rejoindre! »
À Edmonton, c’est Marie Constant, jeune leader francophone et amie de longue date du Comité FrancoQueer de l’Ouest (CFQO), qui a livré un texte d’une force remarquable. Elle a parlé, entre autres, de ses cheveux comme d’« une couronne tressée par ses ancêtres », de son identité de femme de foi, noire, queer et canadienne-française, et de ce que représente le fait d’exister à la croisée des luttes souvent invisibilisées. Elle a déclaré :
« Aujourd’hui, je prends la parole dans un contexte où la haine remonte à la surface.
Elle cible les jeunes, les personnes trans, les familles 2SLGBTQIA+, particulièrement celles racisées ou issues de l’immigration.
La peur monte. Les lois se durcissent. Les mots deviennent armes.
Et pourtant, nous sommes encore là.
Coloré·e·s. Courageux·ses. Enraciné·e·s dans la dignité.
Car porter une identité queer et être issu·e de l’immigration, ce n’est pas simplement exister à l’intersection de deux mondes.
C’est souvent devoir négocier sa survie dans les deux. […]
Que ce drapeau qui se lève soit un rappel, pas une exception.
Un rappel que notre fierté est résistance.
Que notre visibilité est guérison.
Et que chaque jeune queer, racisé·e, immigrant·e, mérite de grandir sans peur. »
Ces mots ont résonné fort. Parce qu’ils ne viennent pas d’un slogan ou d’un communiqué, mais de vécus bien réels. Des parcours qu’on ne peut pas ignorer.
On est vraiment fier de voir la francophonie albertaine se lever pour l’inclusion. Ce ne sont pas que des mots : c’est du monde qui se déplace, qui lève la tête, qui dit « on est là ». Et dans un contexte où nos droits sont fragilisés, ces gestes comptent. On continuera à se rassembler, à élever nos voix, et à faire place à toutes les identités dans l’espace public.
Merci à celles, ceux et celleux qui étaient là. On remet ça l’année prochaine!