Mon voisin a passé cinq ans en prison. Son crime? D’avoir défendu son pays durant la Deuxième Guerre mondiale. Emprisonné par les Soviétiques, il a subi des atrocités. Néanmoins, il a pu rebâtir sa vie au Canada et son parcours sert d’inspiration non seulement pour ses voisins et sa famille, mais pour tous.
Quand j’ai premièrement déménagé à Lethbridge, les gens sur ma rue me parlaient de George. On me disait qu’il avait été enfermé dans des camps de prison, mais qu’il avait également participé aux Olympiques, en plus d’avoir écrit une autobiographie. J’ai donc traversé la rue pour me l’acheter. D’ailleurs, le livre porte un titre assez particulier, soit « I Was a Horse in Bryansk » (J’étais un cheval à Bryansk). George m’a dit que Bryansk était le pire camp de son incarcération, mais loin d’être le seul. Après ma lecture du livre, je suis retournée chez George ce printemps afin de le prendre en photo et afin de lui poser quelques questions.
Mais, par où commencer sachant que son livre parle de sujets délicats comme la famine? J’ai entamé une question facile pour y aller en douceur. Je lui ai demandé comment prononcer son nom de famille Gemer. Il m’a dit « [Guais-mère] » et a ajouté qu’il venait d’avoir 99 ans. Ses amis étaient venus hier pour célébrer sa fête. Comme d’habitude, George était souriant. Je voulais connaître le secret de son optimisme et de son manque d’amertume suite à la guerre, mais le moment pour lui demander ne s’était pas encore présenté.
Né en 1927, ce natif de la Hongrie s’est joint à l’armée après que les Soviétiques aient bombardé son village. Sa maison a été détruite et son frère est mort. Même si George n’avait que 17 ans, il voulait défendre son pays, mais en 1945 l’armée soviétique a envahi la Hongrie et George est devenu un prisonnier de guerre.
Je voyais qu’il revivait de vieux souvenirs difficiles. Son sourire a quitté son visage. Pour changer de propos, j’ai expliqué que ma partie préférée de tout son livre est lorsqu’il était emprisonné en Ukraine, mais qu’il a réussi à se faire une blonde avec une jolie demoiselle qui vivait à côté de la prison. Son sourire est vite revenu.
En me racontant l’histoire, George revivait l’expérience et de beaux souvenirs dansaient dans sa tête. Il a fait coucou avec sa main tout comme dans la cour de prison quand il avait vu Galina sur son balcon d’appartement pour la première fois. La liaison secrète qui en suit était digne de Roméo et Juliette, quoique Roméo n’a jamais eu à déjouer des gardes de prison soviétiques. Ce qui épate est la beauté du dernier adieu entre George et Galina, mais je ne veux absolument pas vous le gâter alors je n’en dis pas un mot. George n’a pas terminé son histoire, car un gentilhomme reste silencieux lui aussi.
Pour mieux comprendre son emprisonnement, j’ai demandé à George qu’est-ce qu’était l’Union soviétique. Il m’a répondu que c’était 7 millions de communistes qui ont régné et dominé 200 millions de personnes. Selon lui, il y avait 40 000 camps dans l’Union soviétique. On y trouvait des intellectuels, des criminels, des soldats comme George et des gens ordinaires souvent emprisonnés afin d’accéder à de la main-d’œuvre gratuite. Les camps de prison étaient rattachés à des projets d’infrastructure. Le gouvernement soviétique n’avait pas d’argent pour rebâtir les villes à la suite de la guerre, alors ils se sont servis de l’esclavage.
George était esclave. Durant son incarcération à Bryansk, un camp au sud de Moscou, lui et les autres esclaves devaient charger du bois pour alimenter un train à vapeur. L’hiver, la température descendait à -40 C. Les chevaux qui devaient tirer le traîneau chargé de bois jusqu’au chemin de fer sont morts. Selon la logique communiste, de nouveaux chevaux seraient une dépense inutile. Il valait mieux atteler des esclaves.
Dans un autre camp, George se trouvait parmi 600 prisonniers, mais 400 sont morts de famine et de maladie. J’ai demandé si le fait de survivre à cette misère noire a renforcé sa croyance en soi. George a dit que oui. Par après, il se savait capable de relever des défis. Sa foi l’a également aidé. Jeune, sa mère lui a montré à prier. Il fait confiance à Dieu et accueille chaque journée comme elle est. Voilà le secret de son optimisme.
Les illustrations du livre me frappent. Elles démontrent des prisonniers qui se ressemblent tous. Indistinct, ils ne sont plus humains, mais plutôt des choses; comme dans les yeux des Soviétiques.
Les illustrations portent la même noirceur de l’œuvre d’un soldat japonais nommé Yasuo Kazuki. Comme Tamas Nagyreti, Yasuo Kazuki a créé des sujets sans émotion qui ressemblent à des squelettes.
Yasuo Kazuki a combattu au Manchourie, une région de la Chine contrôlée par le Japon. À la suite de la capitulation du Japon en août 1945, l’Union soviétique a pris possession du territoire. Yasuo est emprisonné. Son crime? Avoir perdu la guerre.
Yasuo Kazuki a passé deux ans comme prisonnier. Victime de cauchemars et imprégné par un sentiment d’obligation de garder en vie le souvenir de ses camarades défunts, il a peint 57 images lors de son retour au Japon en 1974, année où Yasuo est décédé. Les tableaux se nomment la Série sibérienne.
Comme Yasuo Kazuki, George s’est fait libérer et est retourné chez lui, mais la Hongrie avait changé. Le nouveau gouvernement communiste voyait George et d’autres patriotes hongrois d’un œil suspect. Il est emprisonné encore une fois, car il s’était battu contre les communistes. George a donc décidé de fuir son pays. Il raconte sa fuite dangereuse dans son livre et explique qu’il est arrivé au Canada en 1957 pour ensuite s’installer à Lethbridge où il a rebâti sa vie.
Étant donné qu’il a survécu un nombre de défis considérables, la vie de George sert d’inspiration. Il est l’objet d’un documentaire qui capte cette inspiration non seulement au sein de sa famille, mais dans la communauté athlétique canadienne.
Jasper Lowe est le metteur en scène du documentaire au sujet de son grand-père. Le documentaire s’appelle « Survival of the Fittest » ou la survie du plus fort, mais dans le sens que le plus fort est celui qui est en meilleur forme physique, un hommage à l’athlétisme.
Déjà à l’âge de 13 ans, Jasper voyait l’influence que son grand-père avait eu dans le monde athlétique. Quand la famille assistait à un événement sportif, beaucoup de gens venaient donner la main à George. De plus, les gens disaient carrément à Jasper que son grand-père était un homme spécial.
Selon Jasper, l’élément le plus singulier de son grand-père est sa capacité de transformer un élément négatif en positif. Il cite comme exemple qu’à la suite de son incarcération, George a fondé un club d’athlétisme et il a su inspirer ses athlètes.
Jeune homme, George rêvait de participer aux Jeux Olympiques, mais la guerre lui a volé sa jeunesse et ses meilleures années athlétiques. Par contre, George a fondé un club d’athlétisme à Lethbridge en 1958 et a été entraineur jusqu’en 1974. Il a également enseigné la piste et pelouse ainsi que l’escrime à l’Université de Lethbridge pendant 47 ans à partir de 1967.
Il a pu participer aux Olympiques comme entraîneur et conseiller technique. Par exemple, aux Olympiques de 1976 à Montréal, George a conçu la cage pour la compétition du lancer du marteau. Il a pris sa retraite de l’athlétisme en 2014 à l’âge de 87 ans.
George a reçu un degré honorifique de l’Université de Lethbridge en 2011. Lors de la cérémonie, il a terminé son discours de remerciement avec une phrase qui résume bien sa philosophie de vie. « Rappelez-vous, quand le monde te pousse sur tes genoux tu es dans la parfaite position pour prier. »
Pour acheter un de ses livres, visitez son site web. Son documentaire est disponible à louer ou à acheter sur YouTube.
Je vous invite à partager vos photos avec nous. Prière de les envoyer à dliboiron4@hotmail.com et d’y inclure une courte description.
Bob St-Cyr partage avec nous des photos d’élévateurs à grains. Originaire de la Saskatchewan, Bob capte des photos d’élévateurs depuis les années 90. Artisan traditionnel, Bob a pris ces photos sur film. La première et la deuxième sont de Wood Mountain en Saskatchewan tandis que la troisième est d’Aberdeen, également en Saskatchewan. La dernière image est de Wyndell en Colombie-Britannique.
Chris Attrell aime lui aussi prendre des photos d’élévateurs. Il lance un livre cet automne intitulé « Forgotten Saskatchewan 2. » Voici quatre photos de ce livre. Elles viennent de Cactus Lake, Bents, Richlea et Horizon, des communautés qui se trouvent toutes dans la province. Son premier livre, « Forgotten Saskatchewan », est disponible sur son site web.