Pendant longtemps, l’industrie du cinéma a entretenu une vision très limitée de la place des femmes après un certain âge. Les actrices de plus de 45 ans ont souvent été reléguées à des rôles secondaires, tandis que les hommes continuaient à occuper le devant de la scène bien après la cinquantaine.
Les chiffres démontrent clairement le déséquilibre qui a dominé Hollywood pendant des décennies. Selon un rapport de l’USC Annenberg Inclusion Initiative, en 2023, seuls trois films mettaient en vedette une femme de plus de 45 ans dans un rôle principal, contre 32 films centrés sur un homme du même âge. Cette différence spectaculaire révèle à quel point les opportunités offertes aux actrices matures demeuraient limitées, et ce, malgré leur expérience et leur popularité acquise auprès du public.
Les statistiques publiées par Women and Hollywood vont dans le même sens. « En 2021, les femmes occupaient un rôle principal ou secondaire dans 41 % des 100 films les plus populaires. Cependant, seulement 7 % de ces productions avaient une femme de 45 ans ou plus comme personnage principal. À titre de comparaison, environ 27 % des films mettaient en scène un homme appartenant à la même tranche d’âge.» Cela représente un rapport hommes-femmes de quatre pour un, illustrant un problème systémique profondément enraciné dans l’industrie cinématographique à Hollywood.
Cette situation est souvent liée aux standards de beauté imposés aux femmes à Hollywood. Pendant longtemps, la jeunesse féminine a été considérée comme un critère essentiel de succès commercial. Les hommes, au contraire, pouvaient vieillir tout en continuant à obtenir des rôles de héros, de leaders ou de séducteurs. De nombreuses actrices ont d’ailleurs dénoncé cette discrimination liée à l’âge, expliquant qu’après 40 ou 45 ans, les propositions de rôles diminuaient considérablement.
Du côté du cinéma français, on témoigne plus ou moins la même réalité avec « les femmes de plus de 50 ans ne représentaient que 9 % des rôles au cinéma en 2023 ». Malgré des efforts concertés pour changer les choses, il semblerait que chacun dans l’industrie se renvoie la balle. Les scénaristes disent qu’ils écrivent des rôles pour les femmes de plus de 50 ans, mais que les producteurs leur demandent de les rajeunir. Les producteurs répondent que ce sont les réalisateurs qui préfèrent avoir de jeunes femmes à l’écran, car elles renvoient mieux la lumière…
Par contre, depuis 2024, il semblerait que cette réalité commence lentement à évoluer, marquant un tournant important pour la représentation des femmes à l’écran.
À l’automne 2024, une nouvelle tendance semble émerger. Plusieurs longs métrages témoignent peut-être d’un changement progressif des mentalités, autant chez les producteurs que chez les spectateurs. Le public paraît aujourd’hui plus intéressé par des histoires authentiques, portées par des personnages féminins complexes et d’un âge plus mature. C’est du moins ce qu’on a pu constater avec les films d’Hollywood qui mettaient en vedette entre autres : Demi Moore, Nicole Kidman, Julianne Moore, Tilda Swinton, Cate Blanchett, Jamie Lee Curtis, Pamela Anderson, toutes des femmes de 50 ans et plus.
Au Québec, on voit aussi une tendance intéressante avec plusieurs émissions télé qui paraissent appartenir aux actrices de 50 ans et plus. Elles sont plusieurs à dicter le jeu dans des émissions comme L’heure bleue, Unité 9 ou la série Une autre histoire, qui met en lumière l’histoire riche d’une femme atteinte d’Alzheimer précoce,
Cette transformation est également encouragée par les plateformes de diffusion et par une génération de réalisatrices qui souhaitent raconter des récits différents. Les actrices de plus de 45 ans incarnent désormais des femmes indépendantes, ambitieuses, vulnérables ou puissantes, loin des stéréotypes traditionnels. Leur présence accrue à l’écran contribue à offrir une représentation plus réaliste de la société et du vieillissement féminin.
En définitive, la question de la représentation des actrices de plus de 50 ans dépasse largement le cadre du cinéma. Leur invisibilisation à l’écran contribue à perpétuer des stéréotypes sexistes et âgistes qui influencent profondément l’imaginaire collectif et renforcent les inégalités dans la société. Offrir davantage de place à ces femmes à l’écran et d’autant plus aux femmes racisées qui vivent une double discrimination, c’est aussi reconnaître leur existence, leur expérience et leur légitimité dans toutes les sphères de la vie publique et professionnelle. Il est donc de grande importance de continuer le combat et d’avancer ensemble dans la bonne direction.