Je pensais écrire un récit de camping d’hiver. Finalement, c’est mon gros orteil qui a obtenu le droit de parole.
Imaginez-vous, un lac gelé et brillant, le blanc de la neige, le vert de la forêt et le calme. Des falaises du lac Laclu, à une quinzaine de minutes de Kenora en Ontario, représente un petit rêve hivernal pour l’escalade de glace, et ce, même à -25 °C.
Mon meilleur allié de la fin de semaine : 20 coussins chauffants glissés dans mes bottes et mes mitaines. Oui, vingt. Non, ce n’est pas excessif. J’ai le syndrome Raynaud qui s’est manifesté il y a un an et j’aime garder mes extrémités fonctionnelles.
Après avoir escaladé toute la journée, je sens des picotements dans mon gros orteil. Je me dis « ça partira une fois réchauffé ».
Justement, au menu du soir : un sauna au poêle à bois! Quoi demander de mieux? De la bonne chaleur après avoir grelotté. On balance des bûches et on en profite. Dans l’immédiat, je pensais bien faire. J’apprends plus tard que ce n’était pas le cas. En fait, j’ai cristallisé mon exposition au froid et à ma blessure.
En bonus, deux sessions de baignade dans l’eau glacée du lac. Je respire, je compte les secondes, je me sens invincible.
Dans la nuit, une sensation de brûlure me réveille. Je me demande pourquoi.
Le lendemain, mon diagnostic maison : un bleu. J’ai dû trop cogner mes crampons sur la glace.
Blâmer un mur de glace me semblait plus rationnel que de blâmer l’hiver.
Pendant deux jours, je me sens peau neuve et l’engelure fait partie des choses du passé.
Erreur. La troisième journée, des élancements apparaissent.
Mon orteil a déposé une plainte officielle avec délai de traitement.
N’est-ce pas bizarre? J’ai un sentiment de déjà vu avec l’herbe à puce où les symptômes apparaissent 48 à 72 heures après l’exposition.
Cinq jours plus tard, marcher me fait mal. La douleur augmente au lieu de diminuer. Eh oui, la nature gagne toujours contre un orteil trop confiant.
Je me réveille plusieurs fois durant la nuit, car le seul contact avec les draps me fait mal.
Je me rends dans une clinique sans rendez-vous. Le médecin m’explique « ton nerf est comme un câble de métal. Il est recouvert d’un drap. Il a eu froid et ça crée de l’inflammation. Il n’y a pas de place à l’expansion, alors ça crée de la douleur. »
« Ton meilleur remède est la distraction. »
Deux semaines plus tard, mon ongle a décidé d’explorer toute la palette Pantone : bleu, violet, noir. Imaginez, le froid à lui seul a créé toutes ces couleurs.
La bonne nouvelle : après la phase d’inflammation qui a duré une semaine, la douleur a diminué.
La prochaine fois qu’il y aura des grands froids, je serai, espérons-le, un peu plus vigilante lorsque le bout d’un de mes membres gèle