Il faut vraiment aimer le froid ou être un peu têtue pour passer des heures à arroser une tour quand il fait -20 °C. Pourtant, c’est exactement ce qui se passe chaque hiver à Saint-Boniface, au cœur du quartier francophone de Winnipeg.
La tour d’escalade de glace s’élève à près de 20 mètres, une structure impressionnante qui ressemble autant à une sculpture qu’à un mur d’escalade.
Derrière cette masse de glace se cache le travail d’une trentaine de bénévoles, coordonnés par un conseil d’administration, qui veillent collectivement à sa création et à son entretien. J’en fais partie. Pendant environ deux semaines, dès que les températures descendent sous les -10 °C de façon stable, nous nous relayons pour surveiller la formation de la glace et ajuster le système en fonction du vent et des températures.
Voilà la recette : on achemine l’eau jusqu’au sommet de la tour et on installe des tuyaux minces pour vaporiser l’eau lentement et créer de la glace au contact de l’air froid.
Les bénévoles passent sur le site trois fois par jour pour vérifier que l’eau sort bien des tuyaux et que le vent ne perturbe pas la formation de glace. On dirait presque une œuvre d’art : chaque hiver, la tour prend une forme différente, sculptée par la direction des vents, l’eau et le froid.
Pour créer des piliers, on installe des cordes verticalement et la glace s’accumule autour d’elles.
En théorie, le processus est simple, mais fragile : le moindre tuyau défaillant ou la plus petite rafale de vent peut tout compliquer.
Cet hiver, le glaçage de la tour a eu lieu du 10 au 19 décembre, plus tôt qu’à l’habitude. Une pause de trois jours a toutefois été imposée par Dame Nature, en raison de température plus douce aux alentours de 0 °C.
Cette saison, on a pu escalader le 20 décembre! Certains hivers, la tour de glace n’ouvre que fin janvier et même début février.
Mes premiers essais en escalade de glace ont eu lieu à la tour de Saint-Boniface. Vous le savez, j‘adore l’escalade sur roche! Trop confiante, je m’attendais à retrouver des sensations similaires. Wow! Quelle surprise! En réalité, j’ai surtout découvert un sport bien différent.
Premièrement, la différence de température. Il fait froid, autour de -25°C. C’est au tout début de saison alors la glace est encore très lisse. Les placements sont rares, les trous ne sont pas formés, et chaque mouvement demande plus de précision et de force.
Avant même de pouvoir affronter ce mur de glace, j’ai passé plusieurs minutes à enfiler bottes et crampons, ajuster les sangles et vérifier la fixation. Autant dire que mes débuts ont été… laborieux.
Lors de cette première journée, je me suis contentée de regarder mon ami Mike Brown, clairement dans une autre catégorie que moi, grimper avec aisance. Lui, il lisait la glace. Il savait exactement où frapper, comment économiser ses énergies, bien placer ses mouvements, comment gérer le froid et la verticalité.
Avec le recul, j’ai compris une chose importante : grimper la tour de glace de Saint-Boniface est particulièrement exigeant. Elle est presque entièrement verticale.
Reste que la communauté d’escalade sur glace est passionnée, et n’hésite pas à transmettre son amour pour ce sport. Les membres offrent des trucs pratico-pratique pour convaincre les moins convaincus que l’escalade de glace est parmi les meilleurs sports d’hiver qui existent!
Alors, ça vous dit de tenter votre chance cet hiver à la tour de glace de Saint-Boniface? Le club offre des sessions au public les samedis de 9h30 à 16h.
Quoi qu’il en soit, vous saurez désormais ce qui se cache derrière cette belle structure de glace.