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WebOuest Moins envie de gazouiller soudainement…
Photo: Images Rouges (Canva)

Moins envie de gazouiller soudainement…

Pistes de réflexion
Par Jean Fontaine | 27 avril 2022
Elon Musk, l’homme le plus riche de la planète, a acheté Twitter. Au grand complet. Pour la rondelette somme de 44 milliards de dollars américains. L’entreprise ne sera plus cotée en bourse puisqu’elle appartiendra totalement à Musk, également à la tête de Tesla et SpaceX. Comme les réseaux sociaux font l’objet de très peu de règlementation, il pourra en faire à peu près ce qu’il voudra.

Lui-même grand utilisateur de Twitter avec plus de 85,4 millions d’abonnés qui le suivent religieusement, il a souvent tenu des propos tout à fait inacceptables. Par exemple, lors du récent « Convoi de la liberté » qui a empoisonné la ville d’Ottawa pendant trois semaines, il a comparé notre premier ministre … à Adolph Hitler. Dans un mème, avec photo à l’appui, il a fait dire au führer: « Stop comparing me to Justin Trudeau. I had a budget. » Traduction libre : « Cessez de me comparer à Justin Trudeau; j’avais un budget. »

 

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Capture d'écran, Twitter

Et des exemples comme celui-là, il y en a à la pelle. Le 22 avril, il a publié une image peu flatteuse de Bill Gates, avec qui il a ses différends, accompagnée d’un texte mesquin : « Au cas où vous voudriez perdre une érection rapidement », en faisant référence à l’apparence de Gates. Comme quoi on peut être très riche et manquer complètement de savoir-vivre.

Le Far West des réseaux sociaux?

Dans un communiqué de presse émis après la confirmation de la transaction, Musk souligne : « La liberté d’expression est le fondement d’une démocratie qui fonctionne, et Twitter est la place publique numérique où sont débattues les questions vitales pour l’avenir de l’humanité ». Il veut que cesse la culture du bannissement. Cependant il ne précise pas comment il s’y prendra, ni jusqu’où ira cette liberté d’expression.

Parmi ceux qui pourraient réintégrer la plateforme, nul autre que l’ancien président américain Donald Trump, qui en avait été exclus en raison de ses mensonges et de ses propos incitant à la haine. À la suite de l’annonce de la transaction, Donald Trump a cependant déclaré qu’il restera sur sa propre plateforme, TRUTH – qui gagne en popularité depuis l’annonce de l’achat de Twitter par Musk – et qu’il ne reviendrait pas sur Twitter… Mais je doute que Donald Trump résiste très longtemps à une telle invitation, si jamais Musk la lui tendait. Au moment de sa suspension de Twitter, en janvier 2021 après l’assaut du Capitole, Trump comptait 88,7 millions d’abonnés. On voit mal comment il voudrait s’en priver.

Personnellement, j’aime bien Twitter. J’y vais assez régulièrement, surtout pour m’informer. Je trouve que c’est un outil très pratique pour suivre l’actualité en temps réel, ainsi que des journalistes, des personnalités et des médias que je trouve pertinents. Mais avec la nouvelle situation, j’ai comme un malaise. L’exclusion de Trump et certains de ses semblables a été pour moi un vent de fraîcheur. Leur retour me pousserait peut-être à fermer mon compte ou tout au moins à restreindre mon utilisation de la plateforme.

D’ailleurs, aussitôt que Musk a signifié ses intentions, le mot-clic #LeavingTwitter est devenu viral. Je comprends la réaction de ces gens. Il y a quelque chose de malaisant à savoir qu’une seule personne devient propriétaire d’une plateforme qui compte 300 millions d’utilisateurs. Si Elon Musk décide de laisser à tous et chacun un droit de parole sans aucune forme de restriction, Twitter deviendra rapidement le Far West des réseaux sociaux.

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Elon Musk / Photo: Duncan.Hall, Wikipedia

Indécence de la richesse extrême

Un autre aspect de cette transaction m’agace profondément : l’argent dépensé pour acquérir Twitter par Elon Musk. 44 milliards de dollars US, c’est 44 000 fois UN MILLION US… Pensez-y. C’est une somme colossale! Il y a tellement autre chose que Musk aurait pu faire avec cette somme pour améliorer le sort de la planète. Je me suis demandé par exemple, ce que représente une telle somme pour les moins favorisés de son pays, les États- Unis.*

Selon le United States Census Bureau, il y a 37,2 millions d’Américains qui vivent dans la pauvreté, ce qui représente 11,4 pour cent de la population (recensement 2020). Si on fait un calcul rapide, la somme que Elon Musk a investi dans Twitter, son nouveau jouet de riche, représente près de 1200 $ US pour CHACUNE de ces personnes défavorisées! Je sais bien que c’est un peu simpliste comme raisonnement, mais ça donne quand même une idée de la démesure du geste posé par Elon Musk et de l’indécence de la richesse extrême de quelques privilégiés.

Faire le ménage

À une époque où la désinformation devient de plus en plus galopante et acceptée par une couche non-négligeable de la population, dans une ère où nos médias traditionnels et nos institutions démocratiques sont mises à mal, la nouvelle réalité de Twitter n’augure rien de bon.

Il faudra bien un jour règlementer le secteur des réseaux sociaux, comme on le fait pour la radio et la télévision, et pour plein d’autres secteurs. Depuis trop longtemps, on laisse le soin aux dirigeants des réseaux sociaux de s’autoréguler (bonjour Mark Zuckerberg) avec des résultats pour le moins discutables. Nos gouvernement devront un jour faire le ménage chez les géants d’Internet au risque que ça ne dégénère davantage. Sinon les plus riches de ce monde deviendront simplement de plus en plus puissants. Leur emprise sur nos vies deviendra encore plus grande. Et ça, en bout de ligne, c’est franchement épeurant.

*Elon Musk est natif d'Afrique du Sud mais il a obtenu sa citoyenneté canadienne en 1988 et sa citoyenneté américaine en 2002.
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