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Les Rocheuses

MARIAGE : JEUNES ET PARENTS DANS LA TOURMENTE

Par Jeanne Lehman | 13 juin 2022
La question du mariage est une sérieuse préoccupation pour les jeunes et pour les parents. Dans un contexte multiculturel tel que le Canada, les choses deviennent beaucoup plus complexes, car le mariage est une notion différente d’une culture à une autre.

Mariage en éclat

A l’évidence plusieurs considérations surpassent l’Amour entre les deux fiancés et rendent l’Union impossible ou conduisent le plus souvent à la séparation. Il a été remarqué dans la communauté immigrante que plusieurs couples d’adultes se sont brisés une fois installés au Canada. Arrivée en mars dernier, une résidente permanente originaire du Congo, l’air très préoccupée certainement par des discussions de la veille au sujet de la propension du divorce dans sa communauté, avait demandé ceci à sa conseillère en établissement: « Pourquoi y a-t-il beaucoup de divorces dans les couples une fois installés au Canada? » 

La conseillère, elle aussi bien au fait de la situation, lui avait répondu avec un sourire que la raison était toute simple et justifiait les ateliers d’informations de son organisme sur la prévention des conflits familiaux chez les nouveaux arrivants. Selon cette conseillère, et c’est un avis que je partage également, les couples sont exposés à de nouvelles réalités. Et dans la plupart des situations, les hommes aussi bien que les femmes ont du mal à s’adapter. 

Dans la culture de nombreux immigrants venant du continent africain, l’homme exerce une autorité sur la femme en plusieurs aspects, prioritairement dans la prise de décision et dans la gestion des finances familiales. A titre d’exemple, nombre d’entre eux ne participent presque pas ou jamais aux tâches ménagères ou à la gestion des enfants, alors que leur épouse ne bénéficie plus de l’aide des femmes de ménages, qu’on retrouve presque dans tous les foyers en Afrique. Certaines femmes, en revanche, peu ou pas suffisamment instruites, se cantonnent au fait que l’homme doit lui aussi assurer les charges familiales, mais celui-ci refuse ou contribue peu.

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Photo superohmo (Canva)

Autre fait, une fois au Canada, les épouses d’immigrants s’émancipent plus dans un contexte favorable qui établit l’homme et la femme sur une égalité parfaite. Ce que les hommes ont du mal à digérer. Celles qui ont souffert de l’autorité de leur époux dans leur pays d’origine jouissent désormais de leur « nouveaux pouvoirs » au regard de la loi et ont tendance à en abuser.  Ajouté à ce tableau alarmant, le manque de communication notoire dans le couple qui finit par affecter l’équilibre, l’harmonie familial et créer la rupture.  

Les conjoints qui n’osent pas franchir la ligne rouge en raison des considérations culturelles ou religieuses vivent avec beaucoup de frustrations intérieures. Lors d’une discussion communautaire sur le mariage interculturel, une épouse d’immigrant se lamentait de ne plus pouvoir compter sur la médiation des oncles, des tantes ou des sages du village en cas de crise dans le couple, ces bienheureuses interventions qui préservent en général les mariages des ruptures en Afrique.  Il y a néanmoins des divorces dans les pays des immigrants, mais la propension est beaucoup plus faible. Deux chercheuses de l’Université McGill ont mené une étude dans vingt pays africains qui a conduit à la conclusion que les couples y divorcent moins.

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Photo Syda Productions (Canva)

La peur de l’engagement 

Du côté des jeunes immigrants c’est la peur de s’engager dans le mariage qui prédomine. Ils éprouvent la crainte de ne pas tomber sur la bonne personne, mais aussi s’inquiètent de ne pas trahir les espoirs de leurs parents, qui eux sont, dans bien des cas, peu enclins à l’ouverture culturelle et religieuse. Le Pr Mamadou Ka de l’Université de Saint-Boniface à Winnipeg, disait à ce propos que la pression vient, à bien des égards, de l’extérieur des deux fiancés, et généralement des parents et de la communauté. Certains parents choisissent à la place de leurs enfants les gendres ou belles-filles qu’ils souhaitent ou ne souhaitent pas avoir. Dans les familles, on entend les parents dire ceci: « Je ne veux pas que tu me ramènes une fiancée ou un fiancé d’un tel pays ou d’une telle religion. Ils font ceci ou cela dans leur tradition et cela n’est pas compatible avec la nôtre. » Le jour de la présentation officielle à la famille, une maman avait dit ceci à sa bru d’origine canadienne: « J’espère que tu n’appelleras pas la police le jour que tu auras une dispute avec mon fils. Je ne souhaiterais pas que la police embarque mon fils pour une simple dispute. » Puis avec le temps, ses préjugés s’étaient dissipés. Bref un lot de préjugés difficiles à chasser des esprits. Un nouveau mode de vie, la volonté de garder sa culture et ses valeurs, la peur d’échouer en amour, voilà le clou des angoisses.

Les jeunes, beaucoup plus ouverts au mariage interculturel et interracial redoutent néanmoins que cela ne fonctionnement pas à cause de nombreuses différences. Il y a pourtant des unions interraciales qui marchent, tout comme il y a des ménages qui étaient quasiment en lambeau avant de venir vivre au Canada. Ce qu’il faut garder à l’esprit c’est que dans ce monde contemporain, le mariage subit diverses influences. Les causes des divorces ne sont pas toujours reliées aux différences culturelles et raciales.  La divortialité, à savoir la propension au divorce, est en progression aux quatre coins du monde. Selon une publication parue sur Internet en août 2021, plus de 260 000 divorces sont enregistrés par an en France. Aux États-Unis, des données disponibles en ligne indiquent 46 523 divorces par semaine et 6 937 divorces enregistrés au Canada en 2019 (Statistique Canada).

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