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WebOuest Bicolo, l’héritage de Cécile Mulaire
Cécile Mulaire, son mari René et Bicolo. Crédit photo : Société historique de Saint-Boniface

Bicolo, l’héritage de Cécile Mulaire

Regard au Centre
Par Kenza Zaoui | 6 avril 2022
Si je vous dis « Bicolo », combien d’entre vous reconnaîtront ce nom? Selon la réponse que vous venez de donner à cette question, cela permet de savoir immédiatement si vous viviez au Manitoba français entre les années 1970 et 2000. Cet article tient à rendre hommage à Cécile Mulaire, la créatrice de Bicolo, qui nous a quittés le 29 mars 2022.

Bicolo, c’est un petit bonhomme qui a été créé dans la communauté de Saint-Pierre-Jolys, dans le sud du Manitoba, en 1972. Le concept, c’était une double page écrite en français, avec des petits jeux, des dessins, et un concours auquel les enfants pouvaient participer, en envoyant leur création (texte, dessin, bricolage..) par la poste (et oui, à l’époque, publier une photo sur les médias sociaux, ça n’existait pas encore). Cette double page paraissait tous les mercredis dans l’hebdomadaire francophone du Manitoba, La Liberté.

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Exemple de page Bicolo, affichée au Musée de Saint-Pierre-Jolys. Crédit photo : Kenza Zaoui

Nicole Lavergne, dont les enfants ont grandi à Saint-Pierre-Jolys avec Bicolo, raconte que « [s]es enfants se précipitaient sur le journal dès qu’ils rentraient de l’école pour faire les activités de Bicolo et participer au concours », inspectant également le courrier chaque jour au retour de l’école pour voir s’ils avaient gagné quelque chose lors des concours des semaines précédentes (des livres, des jeux de société, des frisbees… à l’effigie de Bicolo).

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Exemple de concours. Crédit photo : Société historique de Saint-Boniface

Nicole Lavergne analyse l’objectif de Bicolo comme étant la promotion du français, en montrant aux enfants que le français pouvait être une langue de jeu, d’amusement, pas uniquement réservée au cercle familial. Ces activités permettaient également de renforcer l’apprentissage, ce qui peut rapidement se révéler un défi en milieu minoritaire. 

Bicolo a donc participé à la construction de l’identité francophone de plusieurs générations, notamment à une époque où les écoles de langue française avaient disparu au Manitoba. De façon amusante, même si le journal La Liberté a cessé de publier Bicolo entre 2008 et 2016 environ, la majorité des jeunes amateurs de Bicolo sont restés lecteurs du journal à l’âge adulte, dont les enfants de madame Lavergne, qui ont fait suivre leurs abonnements même lorsqu’ils sont partis vivre dans d’autres provinces! 

Derrière tout personnage se cache son créateur. La maman de Bicolo, c’est Cécile Mulaire, née à La Broquerie, au Manitoba, en 1932. Cécile et son mari étaient au cœur de la petite communauté de Saint-Pierre-Jolys, notamment à travers leur implication dans la pharmacie du et à l’église du village, selon son neveu Marcel Mulaire. Il évoque la  « simplicité authentique » de sa tante, pourtant décorée du prix Réseau dans le secteur éducationnel en 1990, du prix Riel dans le domaine des sports et loisirs en 1983, de l’Ordre des francophones d’Amérique en 1992 et de la médaille du Jubilé de la reine Elisabeth II en 2012. 

« L’héritage de Cécile dans la communauté n’est pas physique, mais nous nous souviendrons tous de sa bonté » explique Marcel. Cécile Mulaire était très impliquée bénévolement dans plusieurs institutions, notamment le Centre Flavie, un organisme d’aide aux personnes en situation de pauvreté. Le personnage de Bicolo a tellement marqué la communauté francophone qu’une exposition permanente lui est dédiée au Musée de Saint-Pierre-Jolys. N’ayant pas grandi au Manitoba, j’ai découvert l’existence de Bicolo grâce à cette exposition et ne peux qu’imaginer l’impact positif qu’il a eu sur la survie du français au Manitoba. Merci Madame Mulaire.

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